Porté par la magnifique réussite qu'était La Panthère des Neiges, Vincent Munier revient porter en salles les couleurs d'une écologie du viviant sensible et discrète avec ce Chant des Forêts. S'emparant cette fois-ci de la réalisation, le photographe animalier fait le choix de l'intime, favorisant les forêts du nord de la France à l'Himalaya, la fascination pour le lynx et le grand tétras comme pour le plus commun des moineaux, et bien sûr, au cœur de ce superbe documentaire, la transmission. Libéré du verbe poétique de Sylvain Tesson, il saisit alors l'échange malicieux et le souvenir remémoré au feu d'une bougie.
Le film est évidemment et avant tout une expérience sensorielle fascinante, où se déploie un dispositif de captation d'images et de sons proprement hallucinant. La photographie joue avec la profondeur de champ et tend parfois vers l'abstraction, en forçant les oppositions ; celle entre l'immobilité de la flore et le mouvement de la faune, l'immensité des paysages et l'infiniment petit des particules de brume et des insectes, la puissance du brame du cerf et le faux silence de la neige qui tombe. Munier multiplie ainsi les parallèles grâce à un montage habile, malgré ses quelques regrettables baisses de rythme ; la patte écaillée d'un tétra devient, le temps d'un changement de plan, la main ridée et veineuse du grand-père, une chouette qui se cache dans un tronc rappellera bientôt les yeux endormis du petit-fils dans son sac de couchage givré.
C'est finalement bien un échange générationnel qui prend le dessus, Vincent laissant son père Michel et son fils Simon devenir les protagonistes, l'un ayant assisté à des spectacles aujourd'hui disparus de la faute de l'activité humaine, l'autre débordant d'une conscience et d'un espoir salvateurs, l'un découvrant le lynx pour la première fois avec son fils, puis mettant finalement ses pas dans les traces de son petit-fils, le tout sur la musique tout en violons lointains et en touches de piano effleurées de Warren Ellis, qui sublime ces tendres moments capturés.
"Mets tes pas dans les miens." Et émerveille-toi du quotidien.