Auréolé du succès de son 1er film, « L’oiseau au plumage de cristal », surtout à l’international, Argento se lance dans la suite, 2e film de ce qui a été appelé la « trilogie animalière », toujours un thriller hitchcockien mais version italienne. Le budget est confortable et visant le marché américain, la production propose à Argento d'engager Karl Malden et James Franciscus (« La mort au large », le remplaçant de Charlton Heston dans « Le secret de la planète des singes »…). C’est donc plus un film de commande destiné à capitaliser sur le succès du 1er qu’un vrai film personnel comme « Suspiria » le sera en 1977. C’est une partie du problème. Un cambriolage a lieu dans un institut spécialisé dans les recherches génétiques. Les médecins et journalistes qui cherchent à élucider l'affaire sont assassinés les uns après les autres. Un journaliste charmeur (Franciscus) et un aveugle qui habite à côté de l’institut, face à l’incompétence de la police, décident de mener eux-mêmes l’enquête. Ce film sans être désagréable, ne fonctionne pas totalement car le mélange entre le pur giallo (meurtres à l’arme blanche, étranglements en gros plan, spectateur qui adopte la place du tueur grâce à la caméra subjective…) et des références évidentes à Hitchcock avec en particulier le fameux verre de lait empoisonné, une sorte de « McGuffin » avec les recherches de l’institut dont on se fiche tout de même un peu.
Le casting est plutôt solide avec un bon Karl Malden, très crédible en non-voyant, une Catherine Spaak, certes fort jolie, mais qui ne joue aucun rôle réel dans l’intrigue policière et qui ne semble là que pour se déshabiller et coucher avec le journaliste (caractéristique du giallo bien plus que d’Hitchcock !). Ah oui, parmi les scientifiques de l’institut, on trouve l’Allemand Horst Frank en Dr Braun, le Théo des « Tontons Flingueurs » ! Le film se révèle franchement longuet (presque 2h), l’intrigue se traîne, avec multiplication de fausses pistes et une incapacité totale des futures victimes à balancer le nom du tueur avant de se faire dessouder, découper, étrangler 😊 . On le sait, Argento est un réalisateur virtuose mais un scénariste médiocre. Et ici, sa virtuosité semble bridée, le côté sanglant du genre restant limité, il ne faudrait pas trop choquer le grand public américain. Elle ressurgit quand même à deux reprises. D’abord lorsque le scientifique est poussé sous le train qui arrive en gare, le montage saccadé est excellent. L’autre est l’affrontement final entre le journaliste, le voisin et le tueur sur le toit de l’institut. Ce film hybride n’est pas une immense réussite mais heureusement, Argento va finir par trouver un ton vraiment plus personnel avec « Les frissons de l’angoisse » en 1975. Et on peut en garder la musique de son complice Ennio Morricone, qui signe encore une partition de grande qualité, rappelant parfois certaines B.O. de Lalo Schifrin. Cette 1ère trilogie sera achevée par « Quatre mouches de velours gris » en 1971.