Après Gwen, le livre de sable et 14 ans d'inactivité, Jean-François Laguionie revient sur les écrans pour un nouveau long-métrage d'animation très éloigné de son premier film. En 1999, à l'heure où le tout 3D s'apprête à phagocyter l'animation, Laguionie propose une aventure originale où un jeune singe espiègle tombe de sa cité située dans les plus hauts arbres pour atterrir dans une société civilisée où ses semblables sont maniérés, "bien éduqués" et vivent dans un palace gouverné par un roi magnanime. Pour le dénommé Kom, c'est le début d'un choc des cultures important et l'exploration d'un monde nouveau alors impensable.
Lutte des classes sociales, valorisation de la différence, découverte de l'inconnu... Jean-François Laguionie délivre un long-métrage aux thèmes classiques mais importants, avec une naïveté touchante et un savoir-faire à toute épreuve, porté par une animation des plus soignées et un casting vocal aux petits oignons (Pierre Arditi, Jean Piat, Yves Barsacq, Michael Lonsdale...). Non dénué d'une poésie certaine et d'un univers riche et coloré, Le Château des Singes apporte un vent de fraîcheur dans le monde de l'animation, cette fable humaniste rythmée et entraînante portant en elle toutes les qualités requises pour toucher un large public, enfants comme adultes.
Et outre quelques défauts minimes tels que des ellipses pas toujours maîtrisées, une précipitation de certains évènements, un certain classicisme dans la présentation de ses personnages principaux (le méchant grand vizir et son nabot d'acolyte pour ne citer que eux) et de rares chansons pas vraiment utiles, le long-métrage demeure exaltant de bout en bout, le metteur en scène bisontin faisant un retour pour le moins fracassant sur les écrans, début d'une renaissance cinématographique réjouissante et bienvenue.