Un film remarquable, au casting canonique et à la réalisation proprement menée tout du long. Difficile de ne pas penser au cinéma typique de Jean-Pierre Melville au regard du film d'Alain Corneau. Avec Le choix des armes l'auteur du chef d'oeuvre Série Noire rassemble quelques unes des plus grandes gueules du cinéma français : Yves Montant, Michel Galabru, Gérard Lanvin, Roland Blanche, Jean Rougerie, Richard Anconina, Etienne Chicot... avec en apothéose l'ogre Depardieu, fraîchement sorti de l'expérience du Loulou de Maurice Pialat ! Dantesque, rudement doux, dur et dingue le célèbre Gérard déplace encore et toujours des montagnes, livrant encore et toujours une prestation à la lisière du génie.
Comme chez Melville les personnages du cinéma d'Alain Corneau viennent d'horizons divers, leur destin se croisant au gré d'un découpage prenant le temps d'installer les lieux et les personnalités de chaque figure. On songe notamment à la narration centripète du magnifique Cercle Rouge, d'autant plus que Le choix des armes témoigne d'une réelle atmosphère, évoquant celle du chef d'oeuvre de Melville : lumière froide, quasiment hivernale, cadres larges, règlements de comptes et franc respect masculin sont au rendez-vous.
La musique de Philippe Sarde, épurée voire même sentencieuse, s'avère quant à elle ad hoc, en parfaite cohérence avec les images. Si le film met un certain temps à démarrer, la dernière heure est un formidable régal de tension dramatique. Mention spéciale à Gérard Depardieu, qui nous livre un rôle une nouvelle fois très personnel et visiblement sincère. Un grand film, qui se bonifie dans le temps et dans l'esprit : à voir.