Bien que le matériel de base du Cid, particulièrement archaïque, me laisse complètement de marbre, le talent de Benjamin Lavernhe fait sincèrement résonner en moi les vers de Corneille. Sa prestation est ce qu'il y a de mieux dans cette réinterprétation maligne de Denis Podalydès, détournant le sens politique littéral de la pièce pour appuyer une caricature particulièrement moderne de la caste gouvernementale, incapable de diriger ou réfléchir. Derrière cette grande intrigue d'honneur et de pouvoir, se niche une histoire d'amour bien diminuée pour cette représentation cependant, faute à une interprète de Chimène bien terne face à son partenaire de jeu.
L'accessibilité de la pièce au cinéma est une immense opportunité pour se replonger dans la dramaturgie, et redécouvrir un classique dont j'étais dégoûté, faute aux cours de français objectivement exigeants ne laissant jamais place à l'interprétation personnelle de l'œuvre. Au-delà de la surprise d'avoir apprécié, la claque réside dans la performance éblouissante de Benjamin Lavernhe, parmi les meilleurs comédiens français (si ce n'est le meilleur à mon sens), à tel point qu'il forge le grand défaut de cette réinterprétation : les autres se voient complètement éclipsés. Quel talent.