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65 critiques
mitigée
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le 7 janv. 2018
Le Complot est un film assez étrange dans le paysage du cinéma français des années 70. Sur le papier, il a tout pour devenir une grande fresque politique : une affaire de pouvoir, des conspirations, une atmosphère de fin de règne, une galerie d'acteurs parmi les meilleurs de leur génération et un réalisateur qui tente de renouer avec le grand cinéma historique à la française.
Et pourtant, au bout de deux heures, on ressort avec l'impression d'avoir assisté à une réunion de ministres où tout le monde aurait oublié pourquoi il était venu. Le principal problème du film est sans doute son rythme. René Gainville choisit une mise en scène volontairement lente, presque cérémonieuse. En soi, ce n'est pas une erreur : les grands films politiques vivent souvent de silences, de regards et de sous-entendus. Mais encore faut-il que cette lenteur fasse monter une tension. Ici, elle ressemble davantage à une longue attente dans l'antichambre d'un notaire.
La caméra reste souvent très classique, avec des champs-contrechamps et des plans fixes qui donnent parfois l'impression d'une adaptation télévisuelle luxueuse plus que d'un véritable film de cinéma. Le découpage manque de nerf, les scènes s'étirent, et le montage paraît constamment hésiter entre la chronique historique et le thriller politique sans jamais choisir son camp. C'est d'autant plus frustrant que le sujet possède une matière dramatique formidable. On parle de manipulations, d'ambitions personnelles, de fidélités qui s'effondrent et de personnages prisonniers d'un système qui les dépasse.
Il y avait là de quoi fabriquer un grand film sur les coulisses du pouvoir. Au lieu de cela, on a souvent l'impression que les dialogues racontent ce que les images n'arrivent pas à montrer. Le scénario manque justement de cette cruauté politique qui aurait pu lui donner une véritable identité. Les personnages discutent beaucoup, exposent leurs motivations, mais les conflits restent étonnamment abstraits. Les situations semblent parfois écrites pour expliquer l'Histoire plutôt que pour la faire vivre.
Et pourtant, quels acteurs. Jean Rochefort impose immédiatement sa distinction naturelle. Il possède cette élégance ironique qui permet de rendre humain le plus froid des stratèges. Même lorsque le texte s'essouffle, il continue d'exister simplement par sa présence.
Michel Bouquet, lui, fait une véritable démonstration de sobriété. Comme souvent, il joue avec presque rien : une respiration, une légère hésitation dans la voix, un regard qui semble peser plusieurs années de secrets. Bouquet était capable de rendre inquiétant un homme assis dans un fauteuil, et il le prouve une nouvelle fois ici.
Marina Vlady apporte une gravité mélancolique au milieu de cet univers très masculin. Son personnage aurait mérité d'être davantage développé tant elle apporte une profondeur émotionnelle qui manque parfois au reste du récit.
Raymond Pellegrin rappelle ce qu'était la vieille école du cinéma français : une diction parfaite, une présence théâtrale, une autorité presque aristocratique. Même dans un rôle secondaire, il donne du relief à des scènes qui sans lui paraîtraient bien fades.
Michel Duchaussoy et Daniel Ceccaldi complètent admirablement cette distribution de luxe. On a parfois le sentiment cruel que les acteurs jouent un meilleur film que celui qui est réellement projeté.
La musique constitue d'ailleurs une des belles réussites de l'ensemble. Sans jamais envahir le récit, elle accompagne discrètement cette ambiance de désillusion politique. Elle tente presque de créer la tension que la mise en scène ne parvient pas toujours à installer.
Ce qui frappe aujourd'hui, c'est que Le Complot ressemble à ces grands repas de famille où tout le monde est exceptionnel autour de la table, mais où personne n'a pensé à préparer le plat principal. Le film possède les ingrédients :— des acteurs immenses ;— une photographie soignée ;— un sujet passionnant ;— une production ambitieuse. Il lui manque simplement cette petite étincelle qui transforme une reconstitution historique en véritable tragédie.
Quelques anecdotes rendent cependant le film intéressant à redécouvrir : René Gainville venait du cinéma populaire et du polar, mais cherchait ici à s'orienter vers une œuvre plus ambitieuse et plus politique. Le tournage réunit plusieurs des plus grands seconds rôles du cinéma français des années 70, donnant au casting un prestige assez exceptionnel. Jean Rochefort et Michel Bouquet, pourtant très différents dans leur méthode de jeu, se respectaient énormément et appréciaient particulièrement leurs scènes communes.
Plusieurs critiques de l'époque saluèrent la qualité de l'interprétation tout en reprochant au film son manque de souffle dramatique. Avec le recul, certains amateurs de cinéma voient dans Le Complot une œuvre symptomatique d'un certain cinéma historique français des années 70 : très écrit, très joué, très sérieux... et parfois un peu trop convaincu que le simple poids des acteurs suffit à créer une émotion.
Au fond, Le Complot est un peu comme ces vieux aristocrates qu'il met en scène : impeccablement habillés, parfaitement éduqués, d'une politesse irréprochable... mais dont on réalise au bout d'une heure qu'ils n'ont finalement pas grand-chose à raconter.
Créée
le 4 juin 2026
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