Onze ans après sa version en noir et blanc avec Pierre Richard-Wilm, Robert Vernay met de nouveau en scène, en deux époques, le Comte de Monte-Cristo. Avec ses couleurs clinquantes et son Jean Marais, le film n'en est pas moins conforme aux canons du cinéma romanesque de l'époque : impersonnel et conventionnel, avec ses personnages univoques et simplistes. Ainsi les trois méchants auxquels Dantès doit sa déchéance, très fadasses.
Je n'ai pas lu Dumas. Donc je n'ai pas vraiment d'avis à propos de l'adaptation du roman (fidèle ou pas ?). Mais l'histoire d'Edmond Dantès me parait maladroitement proportionnée, sa détention au château d'If réduite à peu de choses et sa vengeance tarabiscotée, à force d'accumuler les incidents hasardeux et favorables. Et dans cette dernière partie en particulier, la froide détermination affichée par Jean Marais confine à l'inexpression.
L'acteur n'est vraiment pas habité par le rôle. A cause de quoi, ni le sentiment d'injustice, ni celui du ressentiment vindicatif ne sont perceptibles. Faut-il s'en étonner ? La scène -emblématique de la médiocrité de la mise en scène et de la direction d'acteurs- des retrouvailles, vingt ans après, entre Dantès et sa fiancée perdue, est dépourvue de toute émotion. Pourtant ça doit secouer de revoir son amoureux qu'on croyait mort. Non, c'est encéphalogramme plat, faute de la moindre sincérité ou sensibilité.
Je ne me suis pas fait non plus à cette ellipse de vingt ans -de réclusion- qui conserve paresseusement les personnages dans le même état physique et mental. Pas une ride, et ce temps passé qui ne pèse rien fausse forcément la relation entre les personnages. Par conséquent, le premier épisode du film passe mieux que le second. La revanche de Dantès est indifférente, même pas réjouissante.