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Parmi toutes les adaptations d’un médium vers le cinéma, rares sont celles basées sur une chanson de 3 minutes et 49 secondes. C’est pourtant ce que propose le film de Peckinpah en se basant sur la chanson Convoy de C.W. McCall, top des charts en 1975, qui narre la revanche de truckers face à un flic ripou qui leur extorque de l’argent.
Dès les premières minutes, on ne peut s’empêcher de dresser un parallèle avec Emperor of the North Pole. Outre la présence d’Ernest Borgnine au générique dans le rôle de l’antagoniste pourri jusqu’à l’os, Convoy donne un traitement similaire aux légendes de ce milieu routier, nous immergeant dans leurs pratiques, leurs codes, leur jargon. Et comme pour le film de Robert Aldrich, l’aventure proposée sert de prétexte à une critique sociale d’un pays en pleine transition, où le vieil ouest américain laisse place au nouveau. Un film de transition qui prend logiquement des atours de western, jusque dans cette baston de saloon transposée dans un truck stop.
La différence est avant tout tonale. Car dès cette rixe aux allures cartoonesques, on comprend que la comédie va prendre une place importante dans le récit, nous plongeant dans une ambiance bon enfant mais laissant poindre une menace sourde en arrière plan. Le road-trip prend alors des airs de Blues Brothers (dans la tôle froissée qui ponctue le trajet), de Sugarland Express, avec un soupçon de Easy Rider. Une ambiance purement 70s portée par un vent contestataire, un ras le bol protéiforme allant du rejet du statu quo au Vietnam, en passant par le Watergate, la ségrégation, le grand capital et la corruption qu’il engendre, et l’hypocrisie généralisée des politiciens.
De quoi laisser place à un ballet de camions sur les pistes sablonneuses dans une révolutions de truckers, de cols bleus refusant de rester dans le rang et souhaitant l’avancée de leur cause dans un joyeux bordel où plus on est de fous, plus on rit. Mais cette poussée se heurte fatalement à la dure réalité de la solidité des pouvoirs en place, et de la vie que ces manifestants doivent mettre entre parenthèses dans leur lutte inféodée. Le rêve américain est interrompu, inatteignable par essence, et le réveil ne laisse entrevoir qu’une solution : l’exil.
Autant dire qu’au vu des autres films de Peckinpah que j’ai pu voir, je ne m’attendais clairement pas à un tel film. Car si l’ironie et le sarcasme peuplent déjà les pellicules de The Wild Bunch ou Cross of Iron, ils ne laissaient pas présager d’un tel laisser aller bon enfant. Une bien belle surprise.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs road movies, Les meilleurs films de 1978, Les meilleurs films de Sam Peckinpah, Les meilleurs films avec Ernest Borgnine et La Fracassante Filmothèque de Frakkazak
Créée
le 13 mai 2026
Critique lue 7 fois
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