Support: 4K Bluray UltraHD


A rentrer à l’aveugle dans Cross of Iron, avec pour seul accroche le nom de Sam Peckinpah à la réalisation, on est d’emblée interloqué par le parti pris de raconter l’histoire d’une troupe de la Wehrmacht. Les Alliés sont l’ennemi, et notre empathie sera immédiatement dirigée vers l’ennemi historique et donc instinctif. Le récit est celui du soldat universel, plongé dans un chaos sur lequel il n’a aucune prise et retransmis à l’écran dans les batailles tonitruantes, les ralentis signature du cinéaste, et les scènes de dialogues absurdes. L’objectif est unique, survivre au milieu de cet enfer, tant celui du feu nourri que celui d’une hiérarchie incapable, d’une armée en débâcle à la trajectoire inéluctable, et d’une vanité des orgueils s’entrechoquant.


Au milieu de cette débandade générale se tient Steiner (James Coburn, implacable), nihiliste au cœur de la tourmente. Il refuse l’autorité, crache sur les décorations, rejette la doxa nazie, renie tout foyer, abjure les classes sociales. Il est une bête réduite à son instinct primal, celui de la meute fuyant la mort, tuant quand il le doit, épargnant quand il le peut. Il est le Hänschen klein, le petit Hans de la comptine qui ouvre et clôt le film, garçonnet qui s’en va voir le monde, laissant derrière lui sa mère esseulée pour revenir sept ans plus tard méconnaissable, buriné par ses expériences.


Le bouchon est poussé par la pression constante d’une fin prophétisée, et dans le brouhaha des balles et explosions, Steiner ne peut que craquer dans un rire dément, hantant le spectateur au même titre que le personnage dont l’imaginaire est peuplé de ses victimes et de ses camarades fauchés par le chaos et la stupidité humaine.


Et Peckinpah de conclure son pamphlet antimilitariste sensoriel par une citation de Bertolt Brecht:

Ne vous réjouissez pas de la défaite du monstre car, à travers le monde qui l’installa, puis l’arrêta, la putain qui l’a engendré est toujours en chaleur

Créée

le 23 avr. 2024

Critique lue 15 fois

Frakkazak

Écrit par

Critique lue 15 fois

D'autres avis sur Croix de fer

Croix de fer

Croix de fer

9

DjeeVanCleef

401 critiques

Eisernes Kreuz.

Ne vous réjouissez pas vous les hommes, Car même si le monde s'est levé pour arrêter l'ordure, La putain qui l'a engendré est à nouveau en rût. (Bertolt Brecht) Quoi de plus naturel pour Sam...

le 9 mai 2013

Croix de fer

Croix de fer

8

Sergent_Pepper

3176 critiques

Moi boche et méchant

On peut s’étonner dans un premier temps du choix de Peckinpah consistant à choisir des personnages de l’armée allemande pour son unique film de guerre, qui plus est lorsqu’ils parlent anglais (avec...

le 26 sept. 2014

Croix de fer

Croix de fer

8

KingRabbit

207 critiques

Medal of honor : Russian Campaign - Sam Peckinpah en totale roue libre

Quel film perturbant, décidément Sam Peckinpah est pour le moins un réalisateur étonnant qui ne cesse de susciter ma perplexité. Après avoir été passablement échaudé par "La Horde sauvage", et "Pat...

le 30 mars 2013

Du même critique

Hollow Knight

Hollow Knight

10

Frakkazak

833 critiques

Waky Hollow : La légende du scarabée sans âme

J'avais commencé une partie en début d'année, et avait lâché l'affaire par frustration, ayant perdu tous mes geos dans une zone que je trouvais imbuvable (Soul Sanctum) après 3-4h de jeu. Mais devant...

le 15 oct. 2019

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

2

Frakkazak

833 critiques

Mou, Moche et Puant

Il était couru d’avance que Brave New World serait une daube. De par la superhero fatigue qu’a instauré la firme de Mickey par l’amoncellement de produits formaté sur les dix-sept dernières années...

le 10 mars 2025

Assassin's Creed: Mirage

Assassin's Creed: Mirage

4

Frakkazak

833 critiques

Mi-rage, mi-désespoir, pleine vieillesse et ennui

Alors qu’à chaque nouvelle itération de la formule qui trône comme l’une des plus rentables pour la firme française depuis déjà quinze ans (c’est même rappelé en lançant le jeu, Ubisoft se la jouant...

le 10 oct. 2023