Présenté à Un Certain Regard 2026, Le Corset est le film d’animation le plus personnel de Louis Clichy et une comédie dramatique familiale portée par l’aquarelle, la musique et une sincérité bouleversante dans la campagne française.
Coécrit avec Franck Salomé, Louis Clichy redoutait, en amont de la projection, de ne pas avoir sa place au Festival de Cannes. Il prouve le contraire avec Le Corset, une comédie dramatique familiale qui navigue entre agriculture et adolescence, et qui s’impose comme l’une des belles surprises de cette sélection Un Certain Regard.
Grandir de travers
Après avoir redonné un second souffle aux célèbres Gaulois au cinéma, aux côtés d’Alexandre Astier (Astérix : Le Domaine des dieux et Astérix : Le Secret de la potion magique), Clichy revient à un cinéma d’animation plus traditionnel, en remplaçant la 3D par l’aquarelle, avec des coups de pinceau lisibles, des couleurs aux belles nuances. Lui et son équipe donnent vie à Christophe, onze ans, adolescent turbulent qui a un handicap : il penche sur la gauche. Pour redresser sa colonne vertébrale et son rapport d’opposition avec son père, il doit porter un corset. Mais au cœur d’une vie de ferme en Beauce dans les années 1980, entouré d’un grand frère qui a renoncé aux études pour l’entreprise familiale et d’une petite sœur qui n’aspire qu’à s’amuser, l’avenir de Christophe semble déjà tout tracé. Ses parents, comme tant d’agriculteurs de l’époque, font face à une situation économique précaire, en s’improvisant céréaliers. Tout pousse Christophe vers les champs, quand lui se découvre un talent naturel pour l’orgue dans son église locale, une passion qui prendrait trop de place dans son quotidien, malgré le soutien silencieux de sa mère.
Porter un corset ne semble pas non plus arranger les choses, mais cela lui a néanmoins permis de se rapprocher de Clara, une fille légèrement mystérieuse et kleptomane. Ensemble, ils s’évadent et se découvrent un peu plus. On reste surtout derrière Christophe, qui doit composer avec la crise de la prochaine récolte et les répétitions pour son envol en solo. Face à l’orgue, du clavier aux pédales en passant par les pistons, il est aux commandes et ne reçoit d’ordre de personne. C’est là que le film trouve l’une de ses plus belles idées, en confrontant deux regards, deux formes d’autorité, celle du père et celle de l’instrument, pour mieux montrer où Christophe choisit de se redresser.
On sent à chaque plan combien ce film est personnel. Avoir situé l’histoire en Beauce, ce paysage plat de fermes et de coopératives où Clichy a grandi, c’est y mettre de l’amour et de la nostalgie. Le style aquarelle n’est pas un simple choix esthétique, car ses nuances douces et ses contours esquissés épousent parfaitement cette mémoire d’enfance, à la fois nette et légèrement floue. Le corset de Christophe devient aussi une passerelle vers l’imaginaire, quelque chose de l’ordre d’un ouragan de folie, de révolte, mais toujours amené avec une puissance émotionnelle qui grimpe avec sensibilité et une énergie authentique. Puis, c’est finalement la musique qui métamorphose les personnages, et qui fait de Le Corset un film d’animation capable d’émouvoir autant les petits que les grands.
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