Avec Le Couteau de glace, Umberto Lenzi prend tout le monde à contre-pied. Alors que le giallo italien du début des années 1970 suit de plus en plus la voie ouverte par Dario Argento — celle d’un cinéma où le sexe, le sang et les meurtres stylisés occupent une place centrale — Lenzi choisit ici une direction radicalement différente. Pas une scène de nudité, pratiquement aucune violence graphique, pas la moindre complaisance gore : le réalisateur revient à une forme de thriller psychologique beaucoup plus classique, presque à l’ancienne. Ce choix pourra dérouter les amateurs de gialli les plus excessifs mais constitue justement la singularité du film. Derrière son titre évocateur, le film privilégie avant tout l’intrigue et la manipulation. Lenzi construit un récit de machination plutôt habile, centré sur une héroïne traumatisée, enfermée dans un univers où les apparences deviennent de plus en plus trompeuses. Certes, le spectateur habitué au genre devinera sans doute assez vite où le scénario souhaite l’emmener, mais le film conserve suffisamment de tenue et d’élégance pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout.
La mise en scène se révèle solide et appliquée, sans les débordements visuels ni les expérimentations formelles qui feront la réputation des grands gialli baroques de la décennie. Lenzi préfère installer une atmosphère de paranoïa discrète, presque feutrée, qui rapproche parfois le film davantage du thriller britannique des années 1960 ou du roman policier classique que des futurs délires sanglants du cinéma italien. Au centre de l’ensemble, Carroll Baker livre une prestation convaincante dans un registre de fragilité et de vulnérabilité qu’elle maîtrise parfaitement. Habituée du cinéma de genre italien de cette période, elle apporte ici une vraie crédibilité émotionnelle à un personnage constamment menacé par le doute et la manipulation.
Sans atteindre les sommets du giallo italien, Le Couteau de glace demeure donc une œuvre sérieuse, élégante et parfaitement regardable. Un thriller psychologique maîtrisé qui préfère l’efficacité du récit à la surenchère visuelle et qui, précisément pour cette raison, conserve aujourd’hui encore un certain charme.
6,5