Reprenant certains codes du film noir américain (la construction en flashbacks, la femme fatale, le principe de la dernière chance…), "Le crâneur" se situe à mi-chemin entre le film de gangsters (la police est quasiment absente) et le polar classique de type whodunit.
Rien de follement ambitieux ni original donc, mais un divertissement efficace dans la veine de ce que proposait le cinéma français populaire dans les années 50.
A la mise en scène, on retrouve Dimitri Kirsanoff, un réalisateur d'origine lettone, dont il s'agit de l'antépénultième film, sorti deux ans avant sa mort. Kirsanoff adapte ici un scénario du prolifique auteur Jacques Companeez, lui aussi originaire de l'Empire Russe (Ukraine), à l'origine de films tels que "Les bas-fonds" de Renoir ou "Casque d'or" de Becker.
"Le crâneur" est une œuvre beaucoup plus anecdotique, mais demeure un spectacle honnête, plutôt bien fichu et doté d'une atmosphère music hall très années 50, avec ce club select de Pigalle au centre de l'intrigue (le "Toboggan"), fréquenté par des truands en costard et des petites pépées en robe du soir.
Par ailleurs, on peut relever l'audace consistant à laisser entendre que l'héroïne serait homosexuelle ("Je n'aime pas les hommes"),
avant de constater que sa colocataire à l'allure peu féminine est en réalité sa sœur.
Le réalisateur peut en outre s'appuyer sur une distribution de bonne facture, même si Raymond Pellegrin est meilleur lorsqu'il joue de vrais méchants, et si la jolie Marina Vlady pourra apparaître un peu fade en petite chanteuse timide (qui interprète notamment "L'auvergnat" de Brassens).
En revanche, Paul Frankeur signe une prestation de haut vol en voyou repenti, confit dans ses petites habitudes maniaques, bien secondé par une Dora Doll étonnante avec sa coupe garçonne, et un Alain Nobis convaincant en gros bras porte-flingue.