Le Dernier Duel s'annonçait comme le grand retour de Ridley Scott au cinéma de ses débuts ou de ses succès, promettant son lot d'échos à des films comme Gladiator et Kingdom Of Heaven.


C'est pourtant à moitié vrai.
Et c'est en cela une excellente surprise.


Car si le film signe en effet, après quelques écarts (mais le néanmoins très bon, dans un autre genre, Seul Sur Mars) le retour de Scott à un cinéma ample, ambitieux, solidement écrit (permettant les retrouvailles comme scénaristes d'Affleck et Damon, accompagnés ici par Nicole Holofcener), le réalisateur ne penche pas ici du côté de la majestuosité et de la puissance de ses films précédemment cités. Bien que parsemés de combats, très brefs (cela pourra en décevoir plus d'un) mais comme toujours, admirablement filmés et dirigés (le duel final, que Scott semble jubiler à retarder le plus possible, moment de tension intense et de violence, est à couper le souffle), c'est finalement dans la fresque intime et finalement très contemporaine que le film trouve aussi sa grâce. Empruntant la forme du Rashōmon de Kurosawa qui nous présente trois versions d'un même récit, le film s'amuse à brouiller les pistes, à prendre le temps de creuser ses personnages qui se dévoilent alors progressivement par leur lâcheté, leur sauvagerie, et qui en disent beaucoup par leurs mensonges. Plus qu'un film de chevalier, Le Dernier Duel est résolument un film intimiste, qu'on qualifierait facilement de féministe par le portrait dur qu'il fait de la condition féminine au XIV ème siècle, et la présentation bien plus réaliste d'hommes barbares que seuls la soif de pouvoir (financier, politique, sexuel) meut, en bien ou en mal d'ailleurs (que penser de cette fin, presque sardonique ?).


Aucune fascination morbide donc ici, aucun esthétisme de la guerre ni aucun destin héroïque de combattants sublimes, mais bien une tragédie cruelle, de la violence brutale, et de la sauvagerie froide, léchée par une image hivernale aux tonalités cyniques. Le Dernier Duel est donc fascinant par le jeu de ses comédiens (même si les rôles et les costumes peuvent parfois pousser certains - Ben Affleck notamment - au cabotinage), sa noirceur globale et l'intelligence de son écriture, qui en font, en effet, pas le film de chevalier qu'on attendait, mais, et c'est pour le mieux, un film d'époque mais moderne, habile par son scénario en trompe-l'œil, et puissant par les thèmes audacieux qu'il aborde et par les images enragées qu'il grave dans notre mémoire.

Créée

le 2 nov. 2021

Critique lue 306 fois

Charles Dubois

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