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le 13 oct. 2021
SuivreLe duel de trop
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En allant voir Le Dernier Duel, je m’attendais surtout à voir un film historique, des scènes épiques et des superbes images d'époque. Son titre est plus qu’évocateur : l’histoire racontée est celle du dernier procès par le combat, prononcé par le roi Charles VI en 1386. Plus que le duel en lui-même – qui n’occupe qu’une petite place dans le film –, ce sont les circonstances qui ont mené à ce combat judiciaire que le film raconte. À partir de ça, on comprend déjà que Le Dernier Duel est peut-être davantage un film de procès qu’un film historique.
Le récit est un triptyque qui propose d’observer le déroulé des événements qui ont mené à ce procès sous trois angles différents ; sous trois vérités différentes. Dans l’ordre : celle de Jean de Carrouges (mari de Marguerite), celle de Jacques le Gris (l’accusé), et enfin celle de Marguerite de Thibouville (la victime). Ainsi le film nous invite tour à tour dans l’intériorité de ces trois personnages afin de mieux comprendre leurs intentions et leur lecture des faits, à la manière de trois récits portés à la barre d'un tribunal.
Au départ, lorsque j’ai compris que le film allait littéralement nous montrer TROIS FOIS les mêmes événements à peu de choses près, avec pour différence principale la variation de point de vue et d’interprétation, j’ai eu peur que de m’effondrer au troisième tableau. Heureusement, c’est construit intelligemment : la première partie pose les bases ; la seconde déconstruit la première et rebat les cartes ; la dernière apporte un regard plus objectif et critique sur cette situation, et balaye les deux autres versions de l'histoire en ridiculisant Jean et Jacques.
Ce qui m’a vraiment marqué, c’est la manière dont le film s'éloigne peu à peu du film historique pour devenir un film presque qui dénonce l'imbécilité et le sexisme des événements dépeints, avec notamment une troisième partie dont le ton satirique nous ferait presque oublié que les personnages masculins tournés en dérision restent impliqués dans une affaire horrible qui engendre des blessures et des conséquences bien réelles pour Marguerite. C'est assez difficile de prendre au sérieux une situation dont les principaux protagonistes apparaissent peu à peu comme des personnages caricaturaux voire parodiques. Charles VI, Pierre, Jean, Jacques : ils sont tous décrédibilisés, à leur manière. Dans la construction du récit c'est amusant de voir ces nobles devenir des pitres, mais par conséquent l'intrigue devient plus légère alors que ce qui se déroule et bel et bien tragique (d'ailleurs dans ce contexte j'ai trouvé presque vicieux de montrer une seconde fois la scène d'agression, j'avoue avoir été très mal à l'aise). Le spectateur se range très vite du côté de Marguerite, celle-ci étant la seule qui semble avoir conscience du traitement injuste qu'elle subie. Ce qui accentue notre proximité avec Marguerite, c'est qu'elle apparaît comme une femme moderne ; il y a une anachronie folle entre son personnage et l’époque dans laquelle il s’insère. Et on ne peut pas observer cette mise à l'écart de la victime et de son témoignage sans y voir un écho avec notre époque, où les victimes luttent encore pour se faire entendre et obtenir une justice qui dépasse les batailles de coqs des hommes qui les entoure. Bref, le procès et les événements qui y ont mené sont montrés avec une telle absurdité qu'on est obligé de trouver ça ridicule, quand bien même il ne semble y avoir aucune représentation infidèle à proprement parlé. Alors, voilà ce qui me dérange : comment se sentir impliqué dans les enjeux finaux (la mort potentielle de Jean et le châtiment de Marguerite) quand toute la dernière partie s'attèle à décrédibiliser ce procès, ses acteurs, ses causes et ses conséquences ? En fait, pour nous spectateurs, la résolution arrive avec la troisième partie et la version de Marguerite ; l'ordalie est de trop, on n'a pas besoin de ce combat pour savoir ce qui s'est passé. Du coup pendant le duel j’étais à cheval entre deux émotions : d’un côté ce "dénouement" apparaissait comme ridiculement disproportionné, barbares, et je m’en foutais royalement duquel des deux benêts allait survivre ; d’un autre côté, la mort de Jean signifiait l’humiliation, la torture et la mort de Marguerite, qui est tout bonnement l’unique personnage qu'on ne souhaite pas voir souffrir davantage. La mort de Jacques libère Marguerite, celle de Jean la condamne à perdre la vie et son fils qu’elle aime tant. Alors oui, quand les montures s'élancent, on en appelle à nos bas instincts et on prie de tout cœur pour que Jean dérouille Jacques, parce que sinon il n’y a vraiment aucune putain de justice.
Créée
le 27 févr. 2026
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