Faut pas le prendre par les sentiments, le masqué.
Car il est évident qu'un film qui lâche dans ses trois premières minutes Cambodia de Kim Wilde ne peut pas être mauvais...
Mais le reste de l'entreprise se montre aussi à la hauteur, quand même...
Le Dernier Voyage s'affichera sans doute atypique, voire faiblard pour beaucoup. Sauf que le prologue, dessiné à hauteur d'enfant, annonce la couleur. Il s'agira en effet bien d'un film de science-fiction. Sauf qu'il adoptera les atours du conte, de la fable. Et si l'on parle de fusée, de lune rouge et d'énergie nouvelle révolutionnaire, pas grand chose dans le panorama ne plaidera à l'image pour l'évocation d'un quelconque futur.
Car si futur il y a, ce sera en mode rétro, bande originale en tête. Les véhicules et les rades pas très loin derrière. Un animateur radio issu de Point Limité Zero. Il y aura aussi du post apo tendance Mad Max , des errances et un duel furieusement western, tandis que les célèbres lignes claires d'Hergé seront convoquées le temps de faire décoller une fusée en guise de dernière chance.
La poésie de Romain Quirot fera beaucoup, aux accents de Melancholia, pour illustrer une planète exsangue dont un cinéma en ruines, drôle de coïncidence et de parabole, ranimera la richesse passée en trois dimensions dans un moment hors du temps.
Romain Quirot rappelle que le genre n'est pas la chasse gardée d'Hollywood, en ressuscitant à l'occasion une imagerie typiquement bande dessinée européenne. Oh, il y aura bien un monde à sauver, mais l'enjeu paraîtrait presque secondaire au regard de ces souvenirs nimbés d'un très joli noir et blanc, de cette famille que le deuil a éparpillée, de cette rivalité fraternelle dépeinte. Non pas que le film réinvente la roue sur cet aspect, juste que Romain Quirot réussit à nous faire éprouver une certaine tendresse pour ses personnages, culminant dans un climax plutôt émouvant et rehaussé d'un duo d'images que Takeshi Kitano n'aurait pas renié.
Romain Quirot nous invite donc, dans une poésie constante, à un extraordinaire voyage chanté par une Barbara louant par la même occasion les mondes nouveaux d'un film tranquille, tout en visions enfantines, animé de la conviction inébranlable qu'un avenir moins sombre est toujours possible.
De quoi retrouver quelque confiance en l'avenir, mais surtout pour le cinéma français.
Behind_the_Mask, ♫ Quand t'es dans le désert...