Alors en plein dégel, l'Union Soviétique confie à Sergueï Bondartchouk, jusque-là acteur, la réalisation de l'adaptation de la nouvelle de Mikhaïl Cholokhov, Le Destin d'un Homme. Le réalisateur, qui peut aussi s'appuyer sur son expérience de soldat durant la guerre livre une œuvre triste, sur un homme, fatigué, qui se souvient de sa vie et en particulier durant la seconde guerre mondiale, tant sur le champ de bataille que dans les camps.
Il montre une vraie finesse dans la mise en scène, alternant de grosses séquences de guerre, et d'autres plus intimistes. Le protagoniste est poursuivi par le spectre de la famille qu'il a laissé au pays, Bondartchouk ne montre pas un soldat guidé par un héroïsme aveugle, mais un homme qui tente de survivre, et qui est hanté par cette guerre malgré la victoire. Usant du flash-back, il gère bien la temporalité, notamment durant le conflit.
Il utilise de superbes décors naturels, sa caméra les sublime et il n'hésite pas à innover techniquement pour mieux montrer le chemin de croix de cet homme. Ses mouvements de caméra sont fluides et il n'est jamais statique. Toujours avec finesse, il aborde aussi les camps, et l'holocauste, sans jamais être lourd ou maladroit, les fumées sortant des cheminés en disent assez.
Certaines séquences, durant la guerre, sont particulièrement saisissantes, lorsque le protagoniste semble errer entre des hommes, des bombes et des paysages détruits. Au final, il ne lui reste que l'espoir de retrouver les siens, et le souvenir, pour tenir.
Le patriotisme est secondaire, Bondartchouk signe un film humaniste et montre ce qu'est l'horreur de la guerre, il n'y a pas d'héros, juste certains qui ont la chance de survivre. Il créé de l'empathie autour de lui.
Humaniste et saisissant, Le Destin d'un homme permet à Sergueï Bondartchouk, qui signe son premier film, d'aborder la guerre, ses horreurs et comment elle poursuit un homme jusqu'à la fin de ses jours.