J'avais vu le film à la fête du cinéma (10 francs la place, c'était du luxe) lorsque j'avais 17 ans et c'est je crois une de mes première expérience de cinéma où je me suis dit qu'aller voir une comédie ("qui passerait aussi bien à la télé") sur grand écran c'est sympa à cause de l'ambiance de la salle (les gens se marraient beaucoup.)

Je l'a revisionné hier soir avec ma copine qui ne l'avais jamais vu. (Malgré ses nombreuses rediffusions à la télévision.) Et évidemment, elle a aimé, et j'ai pris plaisir à la voir réagit parfaitement à tous les gags et aux retournements de situation. ("Ha mais, ils vont jamais aller à ce fameux diner en fait.") Et ce, malgré le fait que le film aurait pu lui rappeler ses maux de dos. (C'est la deuxième fois que je fais la connerie de montrer un film dans lequel les gens sont frappés par la même maladie que l'on subit au moment du visionnage.) Il faut dire que le personnage joué par Thierry Lhermitte passe très vite de "je peux pas faire 5 centimètres" à "je peux porter plusieurs tableaux et les entreposer dans une pièce."

Le scénario est un modèle en ce qui concerne la comédie : les situations sont bien plantées de sorte à ce que la situation devienne de plus en plus catastrophique.. On peut dire ce qu'on veut de Francis Veber, il y a pas une ligne de dialogue en trop, ça fonctionne jusqu'à la toute fin. Certaines personnes sur Sens Critique parle de "mécanique de la comédie" et "d'horlogerie" et je suis du même avis qu'eux.

Et le piège fonctionne jusqu'à la toute fin où le spectateur est persuadé de voir une morale sucrée très bonne enfant sur le "il ne faut pas juger les gens" alors qu'il s'agit juste de mettre en place une dernière situation où Pignon va encore plus mettre Brochand dans la merde vis à vis de sa femme.

Alors, certes, c'est assez facile lorsque le film est tiré d'une pièce de théâtre qui a cartonné et dont pas mal de gags ont été réécrit au fil du temps (la blague du "Juste Leblanc") et dont les 2h de représentation ont été désossés pour gagner plus d'efficacité (le quiproquo autour de "Marlène Sa soeur" ayant une justification dans la pièce par le fait que Marlène croit aux âmes soeurs) ou pour rajouter quelques scènes à l'extérieur de l'appartement de Brochand au début du film principalement. Scènes dans lesquelles Veber profite pour rajouter des personnages (le pote de Brochand joué par Edgar Givry (voix française de Kermit la grenouille) ou la collègue de Pinon qui visiblement en pince pour lui) ou faire un poil de mise en scène qui change du plan/plan (et réussir à donner un air de psychopathe à Daniel Prevost.)

On est clairement pas là pour la réalisation, mais plus pour voir des comédiens français à leur meilleur. Et j'inclu Francis Huster, acteur que je trouve habituellement assez mauvais, mais qui est bien casté dans son rôle d'alter-ego de Pierre Brochand, après tout quoi de mieux pour jouer des gens qui ne se prennent pas pour de la merde... que de prendre quelqu'un qui ne se prend pas pour de la merde. Même son jeu un peu faux dans les dialogues sérieux souligne le côté un peu prétentieux du personnage.

Camarade François Pinon, saboteur professionnel :

Si ça ne m'avait pas marqué lorsque j'avais 17 ans, l'aspect "lutte des classes" du film m'a sauté aux yeux au revisionnage. Si des gens ont remarqués le fait qu'aux yeux de Brochand et compagnie, les "cons" étaient plus des autistes ou des passionnés d'une discipline en particulier que des gens vraiment idiots, ça me marque à quel point, ils sont plus là pour se payer la tronche de gens qui ne sont pas de la même classe sociale qu'eux (ce qui est souligné par la discussion au début du film où Brochand hésite à inviter le père de son meilleur ami et que celui-ci lui pose un refus : pas les gens de notre classe.)

Il y a en sous-texte l'idée que Pierre Brochand abuse de sa position d'éditeur et que le prestige de faire un livre, lui permet de manipuler son monde. C'est comme ça qu'il vole Christine à Juste Leblanc ("ils étaient venus en couple me présenter le livre") pour un livre qu'il qualifiera plus tard d'affreux. C'est comme ça aussi qu'il embobine Marlène pour coucher avec elle ("vous couchez avec tout vos auteurs ?" fait remarquer Pinon) et c'est comme ça qu'il attire Pinon (et sans doute les autres "cons") à son diner : en lui faisant miroiter une miette de célébrité et une entrée dans un monde auquel le commun n'a pas accès ("quand j'ai su que vous alliez faire un livre sur mes maquettes j'en dormais plus la nuit.") En vérité, c'est un monde clos, où tout le monde se connait ("je peux pas l'appeler il reconnaitra ma voix" disent-ils tous lorsqu'il s'agit d'appeler le publicitaire Meneau) et chacun porte une haute estime de lui-même.

Face à eux, se trouvent deux personnes de la "classe moyenne" tous deux agents aux impôts : ils sont des supporters de foot, mangent des omelettes (François semble être un bon cuisinier) se tapent des "petits vins" (voir de la Kronenbourg pour Cheval) etc... Ceux-ci, regardés de manière si méprisante par cette classe d'ultra-riches (comprenant des éditeurs, des publicitaires, des médecins) offrent un renversement dans le dernier tiers du film en brandissant la seule arme capable de faire trembler ces gens si puissant : un contrôle fiscal ("j'ai connu un Brochand aussi... il est actuellement en prison pour fraude fiscale.") Et de l'utiliser de manière presque joviale ("y avait un bibelot ! Il reste de la poussière autour" "ha ha, il est formidable, hein ?") avec une jouissance sadique pour l'un (Cheval) et une candeur pour l'autre (Pinon.)

Bref, le film n'a pas si mal vieillit (mis à part l'utilisation des téléphones à fil dans les voiture) on reste vraiment dans le top de ce qui se fait en comédie française.

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le 7 févr. 2023

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