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Un bobo dans la tourmente
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le 15 juil. 2015
Docteur Jivago est un bel exemple du cinéma à grand spectacle des années 1960, où l’un des maîtres de la catégorie, David Lean, déploie admirablement son savoir-faire, mêlant le gigantisme des fresques historiques à une esthétique picturale. Entre les panoramas grandioses de steppes enneigées et les intérieurs feutrés d’une Russie fantasmée au crépuscule de la Belle Époque, le réalisateur compose des plans soignés aux airs de tableaux bucoliques. Chaque cadre, qu’il soit intimiste ou spectaculaire, respire une beauté presque onirique, renforcée par une direction artistique qui oscille entre réalisme et romantisme.
Au cœur de cette Odyssée, la musique de Maurice Jarre joue un rôle capital. L’utilisation de la balalaïka, instrument emblématique et véritable fil conducteur du récit, participe à la création d’une bande originale à la fois exotique et mélancolique. Entre les accents slaves et une nostalgie romantique, la partition confère au film une identité sonore inoubliable, soulignant autant les tourments des personnages que les bouleversements d’une époque. Jarre, collaborateur fidèle de Lean, signe là une œuvre musicale aussi mémorable que les images qu’elle accompagne.
L’intrigue, ancrée dans la Russie révolutionnaire des années 1910, est indissociable des soubresauts de l’Histoire : Première Guerre mondiale, révolution bolchevique, guerre civile… Ces événements, qui dispersent les personnages aux quatre coins d’un empire en lambeaux, servent de toile de fond à un drame humain où l’amour et la survie se heurtent au chaos politique. Pourtant, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre pour un film occidental tourné en pleine guerre froide, Docteur Jivago évite le manichéisme grossier. Certes, certains personnages communistes sont dépeints en brutes bornées, mais le film se garde d’une diabolisation systématique, préférant une approche plus nuancée, ou du moins moins propagandiste qu’attendu.
C’est dans ce contexte que se déploie une histoire d’amour adultère, audacieuse pour un film grand public de l’époque. À l’inverse, le mariage de Jivago avec sa sœur adoptive apparaît aujourd’hui comme un détail malaisant, alors qu’il s’inscrivait probablement dans les mœurs de la haute société de ces temps là. Ce contraste entre transgression et convention ajoute une couche de complexité morale au récit.
Malheureusement, le personnage éponyme peine à convaincre. Poète censé être éminent, bien que l’on n’entende jamais un seul vers, Jivago traverse les événements comme un spectateur passif, dépourvu de véritable épaisseur. Son mutisme face aux bouleversements qui l’entourent, ses choix souvent égoïstes et son manque de caractère en font un protagoniste frustrant, presque antipathique. Plutôt que d’incarner une figure tragique, il donne l’impression d’un touriste désengagé, ballotté par les circonstances sans jamais vraiment les affronter. Omar Sharif, choisi après le refus de Peter O’Toole, prête ses traits à ce héros terne et atypique (les maquilleurs allongeant même ses yeux pour le « russifier », détail anecdotique mais révélateur).
Le film reste malgré tout porté par une ambition visuelle et musicale qui transcende ses imperfections. Un spectacle à l’ancienne, où la grandeur formelle compense les éventuelles carences.
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Créée
le 9 févr. 2015
Modifiée
le 18 août 2025
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