Dans la continuité de La Nuit du 12 pour Dominik Moll (sorti en 2022), la matière documentaire, en ce qu’elle est issue pour l’essentiel de l’affaire Dutroux, sert de catalyseur horrifique à elle seule et permet à Maldoror de délaisser les outrances faciles des précédents films de Fabrice du Welz, qui signe ici son œuvre la plus aboutie. La mise en scène se subordonne aux enjeux du récit, ses partis pris semblent naître naturellement des situations représentées et de la géographie désolée de Charleroi et de ses environs. En cela, le réalisateur a parfaitement saisi l’importance de l’espace comme vecteur d’ambiance pour le genre du thriller et de l’enquête policière, porté par une galerie de trognes ainsi que par un comédien principal remarquable parce qu’engagé dans une lente mais certaine transformation : d’abord frêle et impulsif, jeune que peine à vieillir le port de la moustache, son personnage, Paul Chartier, s’accomplit en devenant une victime supplémentaire des prédateurs, incapable de s’extirper de leur pouvoir. Aussi les séquences familiales construisent-elles un contrepoint tragique qui, à mesure qu’elles s’articulent à l’investigation, se chargent en violence et en rancœurs jusqu’à l’implosion. Une vibrante réussite.