L'action d'un nouveau et jeune juge d'instruction met en émoi une ville de province.
André Cayatte, en ancien avocat, et Charles Spaak proposent une intrigue judiciaro-policière d'une grande intelligence, et en plus non dépourvue de suspense. Il y a pléthore de personnages pour composer cette réflexion sur la recherche de la vérité -donc de la justice- à propos d'un fait divers provincial et anecdotique dont un palais de justice délabré et des locaux de police indignes sont, suivant le constat amer des auteurs, une composante qui ne sera pas sans incidence...
"Le dossier noir" est un film à thèse, qui sait éviter l'emphase, où s'entrecroisent plusieurs thématiques. Au-delà de la clairvoyance et de l'indépendances exigées pour occuper le poste de juge d'instruction, Cayatte investit une bourgade tombée sous la coupe d'un industriel et potentat local; le cimentier Boussard joué avec autorité par Paul Frankeur y a sa clientèle d'élus, de fonctionnaires, de notables. Le réalisateur dénonce les connivences, sinon la corruption. Il évoque aussi les habituelles turpitudes bourgeoises masquées par le secret et le souci de respectabilité par dessus tout.
Si le film se démarque de sujets analogues, c'est incontestablement par la justesse des dialogues, parfois brillants, et de la direction d'acteurs. Tous les personnages occupent à un moment ou un autre le premier plan et tous font preuve d'une vraisemblance et d'une vérité humaine assez étonnantes dans le cinéma de l'époque. L'interprétation est par conséquent de grande qualité, que ce soit Bory, dans le rôle du "petit' juge ou Roquevert en commissaire aux ordres (pas tant ceux du juge d'ailleurs), Henri Crémieux en procureur usé ou Danièle Delorme en jeune fille accablée.
Le film est une réussite au point qu'il relègue la découverte de l'introuvable dossier noir à un rang subalterne.