"Voyager c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination."

Premier film avec Michel Audiard à la réalisation que je vois, et on ne peut pas dire que ce soit une franche réussite. Ce semi-échec paraissait pourtant exclu d'emblée, si l'on considère la présence de trognes comme celles de Jean Gabin devant la caméra, du fameux Audiard à l'écriture des dialogues, de Brassens à la musique, et de toute une cohorte de seconds rôles attachants de la scène française d'alors, comme Claude Piéplu, Jean Carmet, ou encore Jacques Marin (un nom pareil, ça ne s'invente pas dans ce contexte maritime).


Et pourtant, ça ne coule pas de manière si fluide que ça. Déjà, on a la désagréable impression que les acteurs, à commencer par Gabin lui-même, récitent leur texte (écrit par Audiard, donc) de manière artificielle. Presque comme une récitation scolaire, si on voulait être un peu méchant, mais en tous cas rien de naturel là-dedans, alors que de telles saillies ont un grand besoin de naturel pour ne pas résonner dans le vide. Tout cela est beaucoup trop écrit, comme si Audiard avait eu la main un peu trop lourde — sa filmographie en tant que réalisateur n'a pas l'air particulièrement brillante, c'est peut-être un trait commun qui se dégage ici.


Audiard est en outre un peu trop ambitieux et court trop de lièvres à la fois, avec pour résultat une mixture mitigée sur à peu près tous les tableaux. Gabin n'est pas particulièrement truculent dans le rôle de ce marin baroudeur et grand aventurier, un comble, et la désillusion sur laquelle le film se termine (il s'agit d'une immense imposture, et on comprend rétrospectivement les raisons derrière certaines décisions du protagoniste dans la première partie) ne produit pas vraiment l'amertume recherchée, autour des rêves à réaliser des uns et des rêves jamais réalisés des autres. La faute, entre autres, au portrait de l'enfant un peu bâclé, lui qui aura été laissé de côté pendant une grande partie du film et sur qui pourtant tout repose à la fin.


http://www.je-mattarde.com/index.php?post/Le-drapeau-noir-flotte-sur-la-marmite-de-Michel-Audiard-1971

Créée

le 30 juil. 2019

Critique lue 806 fois

4 j'aime

8 commentaires

Morrinson

Écrit par

Critique lue 806 fois

4
8

D'autres avis sur Le drapeau noir flotte sur la marmite

Le drapeau noir flotte sur la marmite
Morrinson
5

"Voyager c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination."

Premier film avec Michel Audiard à la réalisation que je vois, et on ne peut pas dire que ce soit une franche réussite. Ce semi-échec paraissait pourtant exclu d'emblée, si l'on considère la présence...

le 30 juil. 2019

4 j'aime

8

Le drapeau noir flotte sur la marmite
Sylvere0205
7

Critique de Le drapeau noir flotte sur la marmite par Sylvère !

Ce n’est sans doute pas le plus grand film de l’histoire, ni même le plus grand film de la longue filmographie de Jean Gabin, l’un des acteurs principaux du film. Mais pour autant, j’ai passé un...

le 9 janv. 2024

2 j'aime

Du même critique

Boyhood
Morrinson
5

Boyhood, chronique d'une désillusion

Ceci n'est pas vraiment une critique, mais je n'ai pas trouvé le bouton "Écrire la chronique d'une désillusion" sur SC. Une question me hante depuis que les lumières se sont rallumées. Comment...

le 20 juil. 2014

145 j'aime

55

Birdman
Morrinson
5

Batman, évidemment

"Birdman", le film sur cet acteur en pleine rédemption à Broadway, des années après la gloire du super-héros qu'il incarnait, n'est pas si mal. Il ose, il expérimente, il questionne, pas toujours...

le 10 janv. 2015

141 j'aime

21

Her
Morrinson
9

Her

Her est un film américain réalisé par Spike Jonze, sorti aux États-Unis en 2013 et prévu en France pour le 19 mars 2014. Plutôt que de définir cette œuvre comme une "comédie de science-fiction", je...

le 8 mars 2014

126 j'aime

11