The Rainmaker est un bel exemple d’une œuvre écrite pour la scène qui atterrit mal à l’écran. La pièce contient les éléments susceptibles d’être bien exploités symboliquement, mais on n’a pas su relever le défi de transporter cette théâtralité au cinéma. N’est pas Bergman qui veut. À peu près en même temps en décembre 56, on avait droit à une adaptation réussi de Baby Doll de Tennessee Williams sous la claquette d’Elia Kazan. Ce succès est dû essentiellement au talent du réalisateur pour la direction d’acteur. Le résultat des deux films nous permet de faire la différence entre un jeu senti et un jeu appuyé. Lorsque l’acteur est en mode vérité son personnage peut prendre des avenues inattendues et on le suivra. S’il part d’une volonté de montrer ce qu’il doit incarner, il tombe dans la caricature. C’est le piège dans lequel est tombé la distribution du Faiseur de pluie. Katharine Hepburn a tout ce qu’il fallait pour interpréter cette femme aux prises avec une mésestime d’elle-même, convaincue que sa laideur la destine à la solitude. Mais mal entourée et mal dirigée, elle s’égare dans le niveau de jeu à emprunter et cela enlève de la crédibilité au personnage. Burt Lancaster en charlatan volubile n’a pas su lui non plus dosé son Billy Starbuck pour la caméra malgré son immense talent. Cela aura été une répétition pour son Elmer Gantry le charlatan produit quelques années plus tard. Cela dit, que le faiseur de pluie se transforme en guérisseur de l’âme demeure une idée fabuleuse pour une œuvre littéraire, mais fallait savoir l’adapter pour le cinéma.