Roberto est un étudiant à la vie sans histoire, jusqu'à ce qu'il rencontre Bruno, hâbleur et conquérant, tout son contraire en somme.
Il y a pléthore de films de ce genre dans le cinéma italien, et qui fonctionnent généralement bien. Celui-ci ne fera pas exception.
Le film tient sur l'opposition entre les deux personnages : Jean-Louis Trintignant, faible et pusillanime, envieux de l'assurance de Vittorio Gassman. Ce dernier, cachant un mal-être qu'on devine, sous son assurance trop forcée pour être naturelle. Il tente de traverser la vie en jouant des épaules, mais on verra parfois cette assurance se fissurer. Gassman, dans ce rôle, est formidable. Il parvient à toujours exprimer une fragilité sous-jacente alors même que son personnage se livre à des rodomontades sans aucune limite.
Est-ce que ces deux personnages sont aussi éloignés l'un de l'autre? Sinon, comment se fait-il qu'ils semblent si bien se reconnaître, et paraître les meilleurs amis du monde alors qu'ils viennent à peine de se rencontrer?
Le point de bascule est sans doute la scène du bal campagnard auxquels les deux citadins assistent, hilares, depuis la voiture. Les voilà réunis dans leur mépris pour ces ploucs. Enfin, un point commun semble les réunir en une vraie complicité.
Le fanfaron a l'air d'une comédie mais n'est finalement pas tellement drôle, malgré des dialogues souvent savoureux. C'est que le drame affleure sous le vernis comique. Et s'il se déploie plus précisément dans la dernière partie, il était tout à fait sensible pendant tout le film. Si Le fanfaron ne porte pas le cynisme au niveau, par exemple, des films de Pietro Germi, il fait preuve, en revanche, d'un désenchantement profond. Existentiel.
Si le mouvement est au coeur du récit, puisque les deux compères se déplacent dans une puissante voiture de sport, c'est un mouvement circulaire qui ne mène nulle part. Une déambulation chaotique et effrénée, qui les mène d'un lieu de plaisir à l'autre, sans qu'ils y trouvent le moindre point d'ancrage. Les connaissances des protagonistes n'apparaissent d'abord comme des points d'ancrage que pour mieux les renvoyer à leur solitude : ils n'appartiennent à aucun groupe.
Et le fait qu'ils soient les artisans de leur propre solitude n'y change rien. Trintignant se raccroche à Gassman, dont il peine pourtant à supporter l'aspect Matamore, comme à une bouée de sauvetage, tandis que Gassman cherche le réconfort dans une parole prononcée qui pourrait sonner comme une reconnaissance par les siens qu'il a pourtant abandonnés. Il cherchait la liberté, au moyen de sa voiture, sans se rendre compte du prix à payer.
Chacun d'eux est en quête de compagnie.
Mais deux solitudes...
Ne s'annulent pas.