Terence Fisher aborde son adaptation du Fantôme de l’opéra, roman de Gaston Leroux, comme un drame avant tout topographique, l’espace occupant une valeur symbolique essentielle de la même façon que la lande hantée de Hound of the Baskervilles (1958) évoluait avec ses personnages jusqu’à être démasquée. Il s’agit ici de l’opposition évidente entre la loge luxueuse réservée à l’artiste original et les sous-sols clapoteux de l’opéra dans lesquels il survit, exerce son art ainsi que sa vengeance – les deux étant inextricablement mêlés –, que la mise en scène rassemble par une série de trouvailles visuelles audacieuses, tel le trou réalisé dans la cloison de la salle de concert par lequel la créature assiste, impuissante et dépossédée, à sa création, que redouble la trappette amovible de la calèche au travers de laquelle le cocher épie ses clients. L’ironie tragique qui porte le récit s’observe d’ailleurs dans le renversement de la caractérisation respective du spectacle public et de l’intime, puisque le lieu de résidence du professeur Petrie ressemble à un décor de théâtre là où le plateau comme l’assistance sont regardés avec une distance quasi réaliste, en témoigne la cruauté des auditions durant lesquelles les qualités de chant semblent moins compter que la beauté plastique des chanteuses.