Oh, quelle déception bon sang ! Voir ensemble les noms de Argento et du roman de Gaston Leroux était la promesse d'une œuvre totalement baroque, un truc gore mais grandiose, plein de bruit et de fureur à la hauteur de la légende. Un film à grand spectacle qui vous en met plein les yeux et les oreilles, quoi...Eh bien, on est loin du compte. Argento venait de retrouver la voie du succès avec « Le syndrome de Stendhal » en 1996, succès commercial limité mais gros succès artistique et critique. Un très bon giallo violent et éprouvant. Il avait depuis longtemps envie d'adapter l'histoire de ce fantôme de l'Opéra. Ca n'était pas tant le roman de Leroux qui l'avait marqué quand il était enfant que le film de 1943 avec Claude Rains. C'est ce qu'il raconte dans le documentaire qui lui est consacré "Dario Argento: il mio cinema". Pas la meilleure version d'ailleurs, lui-même en était conscient puisque celle de 1925 avec l'immense Lon Chaney était devenue le maître-étalon de toutes les autres adaptations. Mais il arrive qu'on reste marqué à vie par des films et des livres de son enfance. Moi c'était le "Shining" de Kubrick dont je ne me suis jamais vraiment remis 😱 Il se lance donc dans sa vision de l'oeuvre en 1998 et retrouve pour cela sa fille Asia dans le rôle de la jeune cantatrice de l'opéra de Paris en 1877. Le film est vraiment loupé et en tant que grand admirateur d'Argento, ça me fait mal d'écrire cela.
Pourtant, le réalisateur n'a pas manqué de moyens, au contraire : un budget confortable de 10 millions de dollars, des décors superbes dont ceux de l'opéra de Budapest (à défaut de Paris), un grand scénariste pour l'adaptation en la personne de Gérard Brach, collaborateur de Polanski et Jean-Jacques Annaud sur plusieurs films. Argento a aussi fait appel à rien de moins que Ennio Morricone pour la musique ! Ce dernier venait de le retrouver pour « Le syndrome de Stendhal ». Allez, soyons honnête, s'il y a bien un élément à sauver de ce ratage, c'est bien la B.O. De Morricone. Car pour le reste, rien ne fonctionne. Dès les 1ères minutes, j'ai trouvé que tout sonnait faux, rien ne semble crédible. Alors qu'Argento a le talent à travers ses films de vous faire croire aux choses les plus improbables ! Je pense que deux éléments essentiels sont ratés. Le 1er, c'est le casting. Julian Sands en fantôme sanguinaire est fade, tellement qu'il en semble transparent, mou, et (gênant) pas terrifiant pour deux sous. Sands n'était pas le 1er choix car le rôle était au départ destiné à John Malkovich. Mouais, le fantôme aurait eu alors une autre prestance! Asia Argento ne trouve jamais le ton juste pour interpréter sa cantatrice, à coup de play-back loupés : elle n'est jamais dans le rôle alors qu'elle était excellente dans « Le syndrome de Stendhal » où elle réussissait à nous faire entrer dans la psychose et la folie de son personnage. Ensuite, la réalisation d'Argento est plate, lui qui nous habitués à des scènes virtuoses. La poursuite dans les souterrains auraient pu donner lieu à un monument de suspense, rien ne décolle.
Des scènes croquignolettes, il y en a, et un paquet. Allez, juste deux exemples bien alléchants. D'abord, le fantôme sur le toit de l'opéra qui rêve à sa bien-aimée et la voilà qui lui apparaît très peu vêtue dans les nuages dans une pose lascive !😂 Quant à la scène des bains turcs, là, c'est le pompon, avec des hommes et femmes qui s'enlacent dans le plus simple appareil, alors qu'une danseuse du ventre se trémousse au milieu d'eux 🤣. Peut-être peut-on y voir un clin d'oeil au tableau de Ingres, moi j'ai trouvé ça bien au-delà du kitsch, absolument ridicule!!! J'ai eu l'impression qu'il avait été écrasé par l'oeuvre qu'il adaptait et n'avait pas su la transcender. Rappelons juste que Brian de Palma nous avait offert un superbe « Phantom of the Paradise » en 1974, assez délirant mais qui était une revisite moderne et brillante du roman de Leroux. A partir de là, l'échec est cuisant, à tous les niveaux. Il semblerait que la version originale voulue par le réalisateur durait 1h de plus et qu'elle a été retouchée contre sa volonté pour être "plus commercial"...Ca peut expliquer une partie du problème mais pas tout et cette version "intégrale de Argento" de près de 2h45 n'a encore aujourd'hui jamais fait son apparition (même pas en coffret Blu-Ray). Donc, difficile de se faire une idée de ce que ça aurait pu donner. Le film a été qualifié par Télérama de « nanard à peine regardable ». Bon, sans aller jusque là, c'est un des points les plus faibles de sa filmographie inégale, avec quand même quelques chefs d'oeuvre du giallo (« Les frissons de l'angoisse », « Suspiria » et « Inferno » de 1975 à 1979, la trilogie terrifiante et magnifique. J'ai hésité entre 3 et 4 étoiles mais j'ai trouvé que c'était encore payer trop cher. Je me rabats donc sur la plus basse. Le problème est que quand Argento va s'attaquer au mythe de Dracula (autre grand mythe de l'épouvante), l'échec sera encore plus évident. Il vaut mieux parfois éviter de s'attaquer à des romans qui vous ont marqué...