El Hijo del Acordeonista a le mérite d’adapter au cinéma un roman consacré au traumatisme du franquisme qui demeure aujourd’hui un sujet délicat en Espagne : le choix d’un récit-cadre situé au présent à partir duquel faire renaître le passé constitue un prisme intelligent par lequel interroger la vision du monde d’individus saisis à des âges et dans des occupations différents. La nécessité de traduire aux protagonistes un roman écrit en basque pose la question de la fidélité de la retranscription, laisse la porte ouverte aux représentations singulières de sorte à mettre au premier plan l’humain dans ses contradictions fondamentales. Nous regretterons que le film de Fernando Bernués, après une première partie réussie rappelant, pour un public français, l’œuvre de Marcel Pagnol, s’engouffre dans une reconstitution historique poussiéreuse où la sensibilité, l’hésitation et l’égarement se voient contenus au profit des enjeux politiques, artificiellement mis en scène. L’ensemble manque de personnalité et d’audace, incapable de laisser l’Histoire surgir derrière ses relations sentimentales comme le réussissait brillamment Arthur Penn avec Georgia (1981). Restent une réalisation soignée et (surtout) la partition musicale de Fernando Velázquez, fort d’un thème sublime.