L'enfance, la famille, le deuil : autant de sujets habituels pour la palette presque toujours délicate de Hirokazu Kore-eda. Avec cette fois un récit d'anticipation, pas très lointaine et relativement crédible, pour un "meilleur" des mondes possibles. Pourtant, malgré ses ingrédients appétissants, la mayonnaise japonaise a bien du mal à prendre, peut-être à cause d'un développement qui nous transporte vers un dénouement insatisfaisant, avec surtout la nette impression que le sujet, pourtant prometteur, n'a pas été traité en profondeur. Plus grave, probablement, Sheep in the Box ne charrie guère d'émotion, alors qu'il y est question d'un événement considérable, vu de notre époque, en tout cas, celui du grand remplacement d'un être disparu. On n'ira pas jusqu'à parler d'indigence artificielle, mais le fait est que la réalisation du cinéaste japonaise est pâlichonne, comme si l'intrigue importait finalement peu à Kore-eda. Déception donc que ce film doux-amer et poético-naïf qui ne décolle jamais réellement et se soustrait à toute réflexion morale, si ce n'est via quelques hésitations du couple concerné par cette adoption singulière, vite balayées. L'humanité habituelle et la finesse légendaire du cinéaste semblent ici comme empêchées par le vernis futuriste du scénario.