Comment je suis tombé dedans
Le problème des petits cinémas c'est qu'ils ont une programmation irrégulière. Et que chaque jour le film passe à une heure différente. Si bien que quand on l'a loupé un jour et qu'on croit pouvoir se rattraper 24h plus tard, on tombe sur (ou plutôt dans) "le fossé", film chinois qui illustre les souffrances endurées par les intellectuels dissidents sous le régime communiste de Mao. C'est assez drôle d'entendre des types se raconter pourquoi ils se sont retrouvés là : "moi, j'étais trop de droite!" Mais c'est la seule chose drôle. Ils crèvent de faim dans un désert où des caves leurs servent d'abris, et leur principale activité consiste bientôt à inhumer les corps de leurs défunts camarades. A vrai dire les privations sont tellement démentes que l'on se demande comment ils conservent le goût de vivre. Une alternative intéressante aux récits des camps de concentration, cet aperçu des camps de "rééducation" confirme l'inouïe capacité de l'être humain à convoquer l'enfer sur terre... et à y survivre. Parfois.
Assez bizarrement on n'est pas étouffé par l'émotion (d'une part il n'y a pas de musique et d'autre part c'est tellement incroyable que l'on prend une certaine distance avec les images). Pas de cruauté machiavélique, ni d'auto-apitoiement. Seule une femme venue rechercher son mari donne la mesure du drame qui se joue à des lieues de la civilisation. Comme quoi manger du rat, c'est parfois un moindre mal...