Filmer les camps rien que ça … bon ce ne sont pas des camps d’extermination certes, mais «seulement» des camps de rééducation. Néanmoins en choisissant la période de fin de ces camps, pendant la famine et taux de décès faramineux, Wang Bing choisi clairement une période de déshumanisation.
Pour bien comprendre ce film, il faut le voir comme un docu. Wang Bing lui-même le présente comme tel, la fiction n'est là que pour combler le fait qu'il n'a pas pu filmer en live. Tous les faits sont en fait issus d'interview et de documentation. La visite de la femme, l'élément le plus dramatique et celui qui emprunte le plus aux codes de la fiction est tout ce qu'il y a de plus réel, il lui à été raconté par Fengming, femme à laquelle il consacré un film. Rien n'est caché, des monceaux de corps à la maladie, de la violence au simple vide du désert.
Par cet aspect de docu minitieux, il démonte complètement la thèse selon laquelle on ne peut pas filmer les camps sans être obscène. Cela tient à une seule chose : il ne théorise pas, il ne fait que relater les faits et les détails. Son intervention lors la rétrospective au centre pompidou sera caractéristique, il ne s'attachera qu'à des détails, prendra tout par l'exemple et l'anecdote. Les grandes lignes se tracent toute seules.
Bien sûr c'est un film extrêmement dur, il faut savoir ce que l'on va voir, ce n'est pas du divertissement. Il faut bien comprendre que Wang Bing filme ce que presque personne d'autre ne documente, que la nouvelle génération ne s'intéresse pas à toute cette histoire et que l'ancienne n'a pas les moyens de la documenter (encore fois selon ses dires). On a bien sous les yeux un document historique unique et précieux.