"Le gamin au vélo" est le troisième film que je vois des Dardenne, après leurs 2 Palmes d'or, "L'enfant" et "Rosetta" (R.I.P¨Emilie Déquenne)
J'avais déjà été conquis par ces deux-ci (avec une préférence pour "Rosetta"), car j'y avais trouvé un mélange ultra plaisant d'humanité et de cruauté, que ce soit dans les situations subies, imposées aux personnages, mais également dans leurs comportements, leurs réactions.
Mais là, je pense sincèrement préférer "Le gamin au vélo" aux deux premiers. On est sur un style de mise en scène assez différent sans trop l'être non plus, j'ai l'impression qu'on y trouve déjà moins de long travelling caméra à l'épaule. On reconnaît toujours le style Dardenne que j'adore évidemment, mais je la trouve plus calme, plus douce.
C'est pas forcément dans la mise en scène que je trouve celui-ci meilleur que les deux autres, c'est simplement une proposition différente, mais je dirais que celui-ci m'a davantage ému et énervé : Cyril est un vrai petit con. Calme toi, c'est le point fort du film de mon point de vue.
Déjà dès le départ, la situation pue le pathos : un gamin dans un foyer pour enfant qui veut désespérément revoir son père, persuadé qu'il est quelqu'un de bien et qu'il veut toujours le voir. Mais j'ai même pas eu une petite frayeur, parce qu'on est chez les Dardenne, on sait que chaque situation un tantinet dramatique ne sombrera pas dans le pathos. C'est ça que j'adore chez eux, quelque soit la situation, quelque soit le personnage, on ne tombe jamais dans le jugement. On est simplement confrontés à ce que le personnage ressent, pense, comment il réagit, ce qu'il intériorise ou non. Mais jamais on a ce sentiment d'être forcé à penser quelque chose. Ne serait-ce pas la marque de fabrique de tout bon drame qui se respecte ? C'est une question rhétorique, la réponse est bien évidemment oui.
J'en reviens à ce foutu gosse. Cyril est agaçant du début jusqu'à la fin. On sait pas s'il a manqué d'éducation (même si ça y ressemble), s'il est têtu ou je ne sais quoi, mais c'est comme ça, et on doit faire avec.
Seulement Cyril rencontre quelqu'un de dévoué, de profondément gentil, impliqué, intéressé.
Et c'est là l'humanité qui se mêle à l'habituelle cruauté que je ressens dans les films des Dardenne : Samantha.
Quel plaisir de voir une relation aussi inespéré qu'inhabituelle bien fonctionné, alors qu'une seule des deux parties semble y mettre du sien.
Prête à tous les sacrifices, notamment sa vie amoureuse, Samantha accompagnera Cyril coûte que coûte. Et je suis alors profondément touché, admettons le.
Les quelques sous-intrigues, moi j'adhère complétement. Le mélange des (trop grosses) bêtises commises par un pré-ado perdu, et puis la compréhension d'une dame d'une profonde empathie.
Encore une franche réussite des frères Dardenne, la tendresse du récit, la tendresse de la mise en scène, la lumière estivale. Frappé en plein cœur puis comblé de bonheur.