"Derrière tout homme, se cache une femme !"

Mick Jagger en 1970, Heath Ledger en 2003 et George MacKay aujourd’hui, ont le point commun d’avoir tous trois endossés les défroques de l’un des plus iconiques hors-la-loi que l’Australie ait connu, à savoir Edward “Ned” Kelly. Cette adaptation réalisée par l'esthète Justin Kurzel (“Les crimes de Snowtown”, “Macbeth”) a d’emblée, de quoi désarçonner - sans mauvais jeu de mots - à l’apparition d’une cavalière munie d’une robe rouge traversant au galop, un désert d’arbres morts. Il s’avère que la cavalière est en réalité un homme grimé en femme. Une vision contre nature qui révélera toute son importance par la suite. A peine remis de ce troublant prologue à la photographie minérale, les sous-titres nous annoncent que l’histoire que nous allons voir est pure invention. Pourtant, voici qu’apparaît le titre original “True History of a Kelly Gang” ou “Véritable histoire du gang Kelly”, Kurzel n’en est pas à une contradiction près. Australie 1867, accompagné par la narration de Ned Kelly lui-même - car adapté du roman éponyme à la première personne de Peter Carey - le spectateur entre de plain pied dans une histoire de famille, de misère, de colère, de vengeance et de mort. Les aborigènes ayant été ou bien décimés ou bien mélangés - les enfants surtout - avec l’occupant britannique, ce sont les descendants des bagnards irlandais surnommés les “Bushrangers” qui font les frais des autorités anglaises et le jeune Edward Kelly est de ceux-là. Théâtral en diable et divisé en trois actes, “True History of a Kelly Gang” est déroutant à bien des égards. Le long-métrage se veut hybride, à la fois western, biopic et drame familial, le tout baigné d’un onirisme - en partie grâce à des décors naturels proprement incroyables - conférant au film une aura fantastique, quasi-mythologique. Il s’agit bien du mythe de cet étrange bandit, le torse souvent nu, le visage maquillé et sa horde de fidèles, adulés par certains, craints et détestés par d’autres. Loin de la figure machiste tant véhiculé dans le genre, le casting masculin, Georges MacKay ("Captain Fantastic”), Charlie Hunnam (“The Lost City of Z”), Russell Crowe (“Gladiator”), Nicholas Hoult (“Mad Max : Fury Road”) entre autres, ne fait pas le poids face à la puissance matricielle de Ellen Kelly (Essie Davis), la mère de Ned, celle par qui la légende s’est forgée. A l’instar de Lady Macbeth (Marion Cotillard) dans “Macbeth” (2015), sa libre adaptation shakespearienne, Justin Kurzel fait de la femme ou de la mère, la pierre angulaire - à la fois protectrice et manipulatrice - du destin de son héros, qu’il soit chef de guerre et futur Roi d’Ecosse, ou chef de gang au coeur du Bush australien !

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le 24 nov. 2020

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