S’il y a bien un cinéma qui aujourd’hui et depuis plusieurs années témoigne d’une exceptionnelle vitalité, c’est bien celui du monde arabe. Le Gâteau du président, premier film du réalisateur irakien Hasan Hadi, en est une nouvelle preuve.
Lauréat de la Caméra d’Or à Cannes en 2025, Le Gâteau du président est une ode à la débrouille et une dissection par l’absurde du culte de la personnalité. Drôle, touchante et surtout affligeante, l’aventure de la petite Lamia est une plongée fascinante dans la psyché d’un pays qui n’a jamais pu – et qu’on n’a jamais laissé – se relever des années Hussein.
Madeleine de Proust
Quand on vit sous une dictature, il ne nous reste souvent rien si ce n’est la maxime existentialiste « l’homme est condamné à être libre ». C’est le cas dans le film d’Hasan Hadi, qui montre une jeune écolière à qui l’on confie la tâche la plus anodine qui soit – faire un gâteau – mais pour qui la remplir implique une odyssée dont ni elle ni personne ne sortira indemne.
Dans la lignée d’Abbas Kiarostami, qui envoyait lui aussi le petit Ahmed dans la nature pour chercher la maison de son ami, Le Gâteau du président brille par sa capacité à rendre déchirantes des situations profondément absurdes. Perdue dans la Ville, tiraillée entre les projets de sa grand-mère impuissante et les enfantillages de son camarade Saeed, Lamia ne sait où donner de la tête. Dans un monde où tous font semblant, cette enfant qui ne saisit pas encore l’inanité du régime de Saddam Hussein, qui pourrait être celui de tant d’autres dictateurs, prend trop à cœur sa mission. Elle rencontre, durant son périple, une panoplie de personnages qui vont du gentilhomme à l’arnaqueur et même à l’agresseur.
Et au milieu de tout cela, le réalisateur déroule un film poignant sur l’enfance et la fin des illusions. La petite Lamia y est progressivement menée à se sortir d’elle-même et à accepter le réel ; un réel dans lequel les gens meurent, l’État emprisonne et où l’absurde est toujours surpassé par des situations encore plus absurdes, dans une boucle sans fin qui ne se termine qu’à bout de souffle et de course.
Critique de Yacine à lire sur https://cineverse.fr/le-gateau-du-president-hasan-hadi-critique-avis/