Castella est un petit patron de PME, pas méchant, comme tout le monde s’accorde à le dire, mais très beauf. Un jour il se retrouve au théâtre devant une représentation de Bérénice, pas du tout parce qu’il vénère Racine mais par obligation parce que sa nièce y joue. Il se fait chier comme un rat mort jusqu’à littéralement flasher sur une des actrices, Clara. Une sorte de ravissement, qui le pousse à retourner voir les prestations suivantes, à s’intéresser à ce petit groupe d’artistes en vue de passer du temps avec Clara, du moins attirer son attention. Il la rejoint pour un repas, achète une toile d’un ami peintre de l’actrice. S’il poursuit les cours d’anglais c’est évidemment moins en vue d’être bilingue que pour écrire un poème à cette actrice aussi prof d’anglais à ses heures. S’il se rase brutalement la moustache ce n’est pas pour plaire à sa femme aux goûts fleuris qui le répugnent (« marre de vivre dans une bonbonnière ») que parce qu’il a entendu Clara, au détour d’une conversation, dire qu’elle n’aimait pas les moustaches. Or, elle se fiche complètement de lui, le méprise. Et c’est justement quand il comprendra cela, s’éloigne d’elle, qu’elle reviendra vers lui : lorsque la certitude d’une supériorité bourgeoisie culturelle de l’une se heurte au supposé vide vulgaire de l’autre, soudain animé par la beauté.


C’est un film choral articulé autour d’un unique objectif : la jonction des univers, des ignares et intellectuels, des bourgeois et des prolos, des industriels et des artistes. Et donc le chassé-croisé forcément cruel qui découle de ces rapports impossibles. Il s’agit aussi de suivre le garde du corps de Castella ainsi que son chauffeur. Ainsi que de suivre la serveuse du bar dans lequel tout ce petit monde passe leurs afters. Les dialogues sont finement écrits, l’interprétation assez irréprochable, jamais emphatique – Bacri y est fabuleux, très touchant. Mais le dispositif est assez cousu de fil blanc, je trouve, cloisonné dans un système assez binaire et laborieux : l’art abstrait face aux papiers peints Desigual / Racine face aux blagues de cul, pour faire vite. Mais la tendresse l’emporte, je crois. J’en gardais un souvenir de leçon de tolérance pour les nuls, mais sa mélancolie m’a séduit cette fois. Les solitudes respectives incarnées par Bacri, Alvaro, Lanvin, Chabat, Jaoui, m’ont touché. Il y a de très jolis moments.

JanosValuska
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le 31 mars 2025

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JanosValuska

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