J’ai envie de défendre ce film. Ce n’est ni le film de l’année, ni un chef-d’œuvre, mais ce n’est pas le but. C’est de la pure autodérision. Le Grand déplacement aborde des sujets hyper-sensibles dans le milieu africain et afro-français. Quelle meilleure manière de désamorcer ces thèmes qu’en en riant ? Tout y passe : le métissage, le colonialisme, l’esclavage auquel certains Africains ont participé, l’excision, l’islamisme, le machisme, le regard sur les femmes, le racisme intra-africain, etc. Ça n’arrête pas — les sujets sensibles et chauds sont nombreux.
Les dialogues ne sont pas à prendre au premier degré ; sinon on tombe dans des contresens désastreux, comme croire que le film fait l’apologie du racisme. Quand on regarde Rabbi Jacob, personne n’aurait l’idée de penser que les propos racistes de Pivert reflètent la pensée de Louis de Funès ou de Gérard Oury. On comprend que ces paroles cherchent à se faire reconnaître soi-même dans ces propos, à les interroger en riant. De même ici, Zaidi campe un personnage à l’ego démesuré, obtus et rempli de préjugés. Il fait office de miroir : il renvoie aux Africains et aux Afro-Français leurs propres contradictions — et le fait avec humour et bienveillance. C’est 100 % politiquement incorrect ; il fallait oser certaines répliques.
Ça ne vole pas très haut, mais la bêtise humaine ne vole jamais très haut. Les personnages, même caricaturaux, restent assez réalistes et de nombreuses scènes sont vraiment drôles. Le film n’est pas uniquement comique et autodérisoire : il offre aussi une photographie soignée, de très belles images, et gagne en profondeur vers la fin, sans pour autant renoncer à revenir rapidement à l’humour noir :
— En voyant leur drapeau, leur tenue et tout ça, j’ai l’impression qu’on a affaire aux Américains.
— Les amis, on a une chance d’être tranquille et c’est maintenant. On les bute. On n’a pas le choix. Sinon ça va recommencer, comme sur terre. »