Tout simplement noir (2020) était politique par sa façon de traiter de sujets complexes avec la banalité du quotidien, son esthétique du sketch favorisant la spontanéité et la succession de pièces détachées qui, rassemblées à terme, établissaient un état des lieux de l’identité noire en France. Le Grand Déplacement fait l’inverse, fonce tête baissée dans des sujets aux résonnances politiques égrainées au sein d’un récit axé sur la conquête spatiale ainsi que sur la rivalité entre Afrique et Occident, notamment américain ; aussi délaisse-t-il toute recherche d’authenticité au profit d’un goût pour la parodie qui ne s’assume pas, d’un sens de la provocation des plus faciles, d’un sentiment d’autosatisfaction vecteur de bêtise. Le spectateur reste embarrassé devant cette avalanche de gags jamais drôles – la salle était muette – car très mal écrits et surtout montés, incapables de s’installer dans le temps puisque l’intrigue avance avec précipitation. Le burlesque ne dispose d’aucune maîtrise et s’avachit donc dans une forme impersonnelle : de beaux plans pour faire de beaux plans et non pour signifier.
L’erreur principale du film réside ainsi dans sa tonalité comique ; car dès qu’il ose le sérieux c’est une expédition crédible par son ébauche de réflexion sur l’espèce humaine, réunie par les fractures jusqu’alors visibles, et par la qualité de ses effets spéciaux. Pourquoi ne pas avoir osé restituer l’étoffe de ces héros noirs ? les subordonner au rôle de pitres semble en effet un paradoxe dommageable auquel Jean-Pascal Zadi et son équipage n’ont visiblement pas pensé…