Tout le gratin de Paris connaît le prestigieux restaurant de M. Septime (délicieux Louis de Funès), un chef si réputé qu'il en a d'ailleurs pris le melon. Aussi, c’est tout naturellement qu’une grosse légume, le président Novalès, chef d’Etat sud-américain (Folco Lulli), décide, lors de son passage dans la capitale, d’aller dîner dans le grand restaurant de M. Septime. Malheureusement pour ce dernier, Novalès se fait enlever lors de son repas. Septime devient alors le principal suspect, aux yeux d'un commissaire (Bernard Blier, savoureux) qu’il ne va pas falloir prendre pour une andouille…
On connaît bien Louis de Funès pour ses rôles répétés de petit homme colérique et tyrannique dont il a fait sa spécialité, et qui ont fait notre délice pendant des années. Ce rôle de patron de grand restaurant, fin cordon bleu à qui la moutarde monte facilement au nez, lui va donc comme un gant de cuisine. Qu’il se promène comme un coq en pâte au milieu de ses clients, tout en corrigeant des serveurs qui n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, ou qu’il raconte des salades à un commissaire qui a trop tendance à le prendre pour le dindon de la farce, on rit de bout en bout.
En effet, co-écrit par Louis de Funès avec Jean Halain et le réalisateur Jacques Besnard, collaborateurs fidèles du grand comédien, le scénario est mitonné aux petits oignons. Plongé jusqu’au cou dans une situation qui a tourné au vinaigre, on finit presque par avoir pitié de ce pauvre Septime, pris en sandwich entre le commissaire et les terroristes, obligé de ménager la chèvre et le chou, s’il ne veut pas boire le bouillon, voire avaler des pruneaux qui iront lui faire manger les pissenlits par la racine, l’empêchant ainsi de continuer à mettre du beurre dans ses épinards.
De pinard, il est d’ailleurs question, notamment avec ce serveur beurré comme un p’tit Lu, hilarant Paul Préboist, belle illustration des personnages hauts en saveur qui entourent Louis de Funès, de ce commissaire qui ramène trop souvent sa fraise, génial Bernard Blier, à ce fayot de petit Roger, cette asperge d’apprenti cuisinier (fils de Funès lui-même) ou cette tête de lard de pianiste borné.
On se délecte donc à chaque ligne de ces dialogues qui ne manquent pas de sel. La mayonnaise prend bien, donc, et même si la mise en scène peut parfois paraître un peu fade, elle sait se réveiller pour épicer un peu une comédie qui met souvent les bouchées doubles pour nous rassasier.
Cerise sur le gâteau, elle vire même, pour notre plus grand plaisir, à la comédie musicale le temps d’une scène culte, qui n’a certes aucun rapport avec la choucroute, mais nous montre un Louis de Funès détonnant, qui a la pêche et la communique plus que jamais à son spectateur. Avec ses courses-poursuites délirantes et ses déguisements truculents, Le Grand Restaurant nous régale donc sans discontinuer.
Ainsi, tandis que, pas sorti de l’auberge, Louis de Funès, cette bonne poire, se met la rate au court-bouillon sans se rendre compte qu’il est en train de se faire rouler dans la farine (le spectateur non plus, d’ailleurs, ce qui rend le twist d’autant plus jubilatoire), on fait ses choux gras des heurs et malheurs de ce pauvre restaurateur qui se trouve dans la mélasse. Et lorsque le film se termine, c’est la fin des haricots tant on n’a pas vu le film passer ! On en reste comme deux ronds de flan.