L'immortalité a été promise à l’Église, pas à notre classe. Pour nous, un palliatif qui permet de durer cent ans vaut l'éternité.

En mai 1860, les troupes de Garibaldi débarquent en Sicile. Le film suit l'adaptation aux temps nouveaux d'un noble d'ancienne extraction, Don Fabrizio Salina qui comprend la nécessité d'accepter le changement de régime afin que son lignage garde son statut privilégié. Il soutient donc le rattachement de la Sicile à l'Italie unifiée sous Victor-Emmanuel et permet à son héritier, Tancrède, d'épouser une fille de bourgeois. Son rôle historique est d'organiser le passage entre les deux mondes. L'acte final, le bal, c'est le relais passé à la nouvelle classe dominante, la bourgeoisie, qui alors même qu'elle célèbre la victoire de sa révolution, renie ses engagements idéalistes, et, en faisant fusiller des partisans de Garibaldi, incarne désormais l'ordre nouveau.


La photographie est absolument délicieuse. Les plans larges, longs, posés, permettent de suivre le cheminement des personnages qui s'insèrent dans des foules bigarrées ou des paysages brûlés par le soleil. La scène finale est belle à couper le souffle. Elle dure 50 minutes, qui semblent ne durer que le tiers : une nuit entière, avec l'arrivée des invités, les saluts, les premières valses, le repas, les mazurkas, les confidences, les premiers départs enfin et les dernières danses alors que le jour se lève ... C'est une expérience esthétique unique et bouleversante. Toute l'action est confinée dans une immense demeure. Les enjeux sont sous-entendus, effleurés avec délicatesse et élégance par des regards, des sourires moqueurs, le tremblement d'une lèvre. La mise en scène est gracieuse, délicate, d'une très grande exigence et facture. Parfois, le regard du spectateur se perd dans la foule, et l'on doit retrouver les personnages de l'intrigue qui sont nichés dans un coin de la pièce. Certains plans sont d'une extrême complexité, mêlant plusieurs niveaux de lecture et d'action, en jouant subtilement sur les possibilités qu'offre le découpage de l'action en différentes pièces, ayant chacune leurs propre ambiance et enjeux. L'on est totalement immergé dans ce monde qui fête sa renaissance. Puis : la prière, la simplicité des décors, la fin des calculs, le dépouillement, le repli dans l'ombre.

ReddRhum
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le 20 janv. 2023

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