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La fin d’un monde
Avant d’être un film, Le Guépard est l’unique roman d’un extravagant écrivain. Giuseppe Tomasi, 11e prince de Lampedusa et 12e duc de Palma, et le dernier mâle d’une famille que des biographes...
le 16 mars 2020
Sorti en 1963 et réalisé par Luchino Visconti, Le Guépard est une fresque historique de plus de trois heures (dans sa version longue italienne) adaptée du roman du même nom de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Le Guépard est souvent cité comme étant l'un des plus grands films du cinéma italien, voire même mondial. Le film est assez grandiose d'un point de vue visuel avec notamment une scène de bal particulièrement opulente et longue de plus de quarante minutes. C'est clairement un film très ambitieux sur la forme, mais aussi sur le fond.
Nous sommes en 1860 en Sicile lors de l'unification de l'Italie et nous suivons les aventures de la famille du prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster). Devant les dangers d'une guerre civile menée par les troupes de Garibaldi et alors qu'ils séjournent à Palerme, ils doivent quitter la ville pour se rendre dans leur immense villa à la campagne. C'est là que Tancredi (Alain Delon), le neveu du prince, tombe amoureux d'Angelica (Claudia Cardinale), la fille du maire local Don Calogero Sedara (Paolo Stoppa). Les Serada représentent la nouvelle bourgeoisie qui est promise à prendre la place de l'ancienne aristocratie, les Salina. Le prince Salina observe cela d'un œil extérieur, il voit la fin d'un cycle à l'aurore d'une ère nouvelle.
On sent tout le long du film que le prince Salina voit son neveu Tancredi d'un bon œil, le considérant même comme son digne successeur. Il ambitionne pour lui quelque chose de grand, qu'il fasse tout ce que lui n'a pas pu faire, qu'il épouse une belle femme et qu'il devienne sénateur. Tancredi a les moyens de ses ambitions, il est beau arrogant et très intelligent. Au début du film, il rejoint les partisans de Garibaldi, non pas par conviction, mais parce qu'il sait que le changement est inéluctable ... "Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change". Tancredi représente l'aristocratie qui accepte le changement et qui veut vivre avec son temps. Il abandonne les valeurs du passé pour des valeurs plus pragmatiques, comme le succès et l'argent.
Le Guépard se termine d'une manière très abrupte, comme s'il manquait deux chapitres avant de voir la vraie fin du film. Et pour cause, après vérification, Luchino Visconti n'a pas filmé les deux derniers chapitres du roman ...
On se retrouve 21 ans après le bal, le prince Salina fait un malaise et meurt. Quant aux trois filles du prince elles ne se sont jamais mariées, offrant peu d'espoir sur la fin de la lignée des Salina.
C'est dommage de nous avoir priver de cette fin du roman, qui apporte une vraie conclusion satisfaisante aux Salina.
Sur la forme, le film est splendide avec des plans panoramiques grandioses et des intérieurs magnifiques. La reconstitution de cette époque est somptueuse, entre les beaux paysages de la Sicile et le faste des réceptions du prince. Sur le fond, le film explore les racines de l'Italie et pour Luchino Visconti c'est une œuvre testamentaire qu'il viendra compléter avec Violence et passion (1974). Burt Lancaster c'est en quelque sorte le double du réalisateur à l'écran. Le Prince Salina c'est la mémoire d'un temps révolu et il sent bien que c'est l'heure du bilan pour lui. Il se doit de tirer certaines conclusions pour le présent et il sait que le présent, c'est son neveu Tancredi qu'il adore et à qui il veut laisser la place.
Ainsi, la mort est évoquée plusieurs fois dans le film, lorsque le prince Salina contemple le tableau mortuaire au bal et qu'il semble souffrir d'un léger malaise et à la fin quand disparait de dos dans une ruelle sombre. En cela, Violence et passion est une suite spirituelle au Guépard, montrant la fin inéluctable pour le prince. Même si les deux films ne se déroulent pas à la même époque et ne convoquent pas les mêmes personnages, on y retrouve tout de même les même thématiques (l'aristocratie, la religion, les œuvres d'art et le passage de témoins à une nouvelle génération) et les même archétypes de personnages, Burt Lancaster reprenant en quelque sorte le même rôle d'aristocrate vieillissant/double de Luchino Visconti.
Bref, Le Guépard est film assez fascinant car il interroge beaucoup le spectateur. C'est un film très philosophique, assez verbeux et avec un rythme très lent, qui ne va pas plaire à tout le monde. Luchino Visconti aime faire durer ces plans, parfois inutilement et je dois l'admettre, l'ennuie n'est jamais très loin. Le bal final, par exemple, d'une durée de presque trois quart d'heure, est (de mon point de vue) inutilement trop long. Je ressors du film avec des sentiments contrastés, entre la fascination, l'émerveillement et l'ennuie.
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Créée
le 21 févr. 2026
Modifiée
le 23 févr. 2026
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