Cet été, par inadvertance, je me suis oublié pour la douzième ou treizième fois dans les pages de ce joli petit Tolkien pour y retrouver tout ce qui en fait le charme, tout ce qu'il partage avec sa glorieuse suite et, surtout, tout ce qui en fait son originalité.


Quelqu'un m'ayant rappelé l'arrivée prochaine de l'adaptation, je me suis surpris à me demander comment la coupure allait se faire dans l'ouvrage, à l'époque, personne n'avait encore avoué l'idée saugrenue de l'écarteler en trois opus, et j'avais parié plus ou moins pour là où s'arrête le premier film (ne me demandez pas comment ils vont en remplir encore deux avec ce qui reste, j'en ai des sueurs froides...). Sans être idôlatre de la trilogie de Jackson (après tout, je n'ai pas douze ans et j'ai eu le temps de voir quelques films dans ma vie qui m'empêchent de le placer ailleurs que dans la case déjà très honorable du film épique efficace et divertissant), j'avais apprécié ses tentatives pour respecter non seulement l'oeuvre originale, mais aussi ses lecteurs avec une habile utilisation de ses illustrateurs les plus célèbres. Du coup, en oubliant les fautes de goûts esthétiques (l'ignoble Troll des cavernes, les gros chiens loups dégueus, les orques, les foules de jeux vidéo...) et morales (Samsagace ! Foutrebleu !!!), je me disais que ça pourrait être chouette, ce truc, surtout depuis que l'immonde Del Toro a été évacué de la mise en scène...


La bande annonce pendant Skyfall a commencé un peu à me faire peur, j'y ai d'ailleurs perdu mes meilleurs accompagnateurs potentiels ce que je ne saurais leur reprocher outre mesure... Heureusement, le sacro-saint retour en province des fêtes de fin d'année élargissait mes perspectives et m'offrait en la personne de Raisin Vert une victime expiatrice de premier choix pour une séance des plus civilisées, dans la même salle que les Tolkien d'il y a dix ans, en V.O. mais pas en 3D ou en inconcevable 48 images/seconde et le tout généreusement offert par un directeur tout heureux de me retrouver dans ses murs...


De la meilleure volonté du monde, je décide d'oublier l'intro idiote qui sape les fondements de l'oeuvre en transformant d'emblée la balade aventureuse d'un semi-homme en grosse quête lourdingue d'un héroïque héritier mâle et je profite de la gentille maison de Hobbit, je ne comprends pas trop pourquoi le thé se transforme en souper, mais ce n'est pas très grave, quand les nains proposent de la bière, j'en ai justement quelques-unes dans mon sac à partager avec Raisin, alors tout est pour le mieux... Je trouve même que l'acteur principal a une bonne trogne de Hobbit qui change agréablement du Frodo constipé qui fait justement ici une apparition inutile et bête.


Oui, parce que notre bon Jackson, maintenant qu'il est le roi du pétrole et qu'il peut faire ce qu'il veut, au lieu d'en profiter pour assumer le caractère moins spectaculaire du livre et de profiter de son aura pour faire avaler un film un peu original, il fait le contraire, il suce le spectateur moyen (ce qui n'est pas très beau à voir, nous sommes dans la moyenne basse) par la moëlle jusqu'à ce que mort s'ensuive en lui imposant à toute force à la fois des liens directs avec la triologie qui peuvent aller jusqu'à cette scène ridicule chez Elrond où tous les persos possibles viennent faire une panouille abominable, et à la fois une tentative pathétique de transformer une aventure à échelle semi-humaine en épopée dantesque avec le sort du monde en jeu dans une sorte de remake absurde d'une trilogie qui n'est pas supposée avoir le même rôle.


Du coup, impossible de profiter des charmants bivouacs, la Terre du Milieu dans sa globalité semble ne s'intéresser qu'à cette douzaine de nains et ce par avance, réduisant à néant tout intérêt possible pour les diverses péripéties du périple. Avec ça, il faut remplir, vu que le charcutage du livre et le format démesuré du film l'exige, et donc, remplissage il y a, gavement, même, c'est de saison... Arrivée inutile d'un magicien champêtre sur traîneau tiré par des lapins, prévisions absurdes et scandaleuse des araignées, présence d'un gros méchant immonde et surtout, multiplication de scènes prétendument spectaculaires qui rappellent assez le massacre de l'oeuvre d'Hergé réalisé par Spielberg et le même Jackson il y a peu de temps. Gandalf en découvre d'ailleurs d'énormes pouvoirs sortis de nulle part qui font qu'on se demande pourquoi il ne les utilise pas plus souvent, mais bon, passons, c'est un souvenir pénible.


Pour ce qui est de l'esthétique, c'est encore pire que prévu. Les paysages sont toujours aussi beaux mais très mal utilisés, les orques sont toujours ratés, le numérique tâche de partout, les gros loups sont immondes, enfin tout comme avant, mais en bien pire.


Et surtout, il n'y a pas de nains.


Enfin, de nains digne de ce nom, parce que sur la douzaine, il y en a seulement deux ou trois qui ont des tronches de nains. Echouant complètement à les présenter, Jackson ne fait ressortir qu'un jeune merdeux sorti tout droit d'un film contemporain, Killi, je crois qu'il s'appelle et surtout Thorin, le chef, transformé pour l'occasion en Paladin presque humain dénué de toute caractéristique nanique (et la barbe, foutremerde ?!!!) destiné visiblement à remplacer dans l'histoire l'absence de héros identifiable classique du type Aragorn...


Bien entendu, le résultat n'est pas seulement inepte, il est désastreux.


L'amertume du souvenir se mêle à la tristesse qui m'étreint en pensant à ce qui aurait pu être, je n'ai plus la force de vous parler de ces arbres qui se déracinent si un gros loups y pose une paire de pattes, de l'immense n'importe quoi chez les gobelins, de la scène des Trolls gâchée, des charades ratées, du rythme inexistant qui rejoint par là les plus mauvais exemples de grosses productions récentes, non, je préfère arrêter là, la note est assez salée et je n'avais pas prévu assez de bières pour toute la séance, hélas...

Le 24 décembre 2012

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