Comme je le craignais, malgré le casting de qualité et l'interprétation convaincante, malgré la bonne tenue des dialogues et l'absence de faute de goût majeure (déjà une sacrée gageure lorsqu'on parle de comédie française grand public), "Le jeu" se retrouve plombé par sa mécanique terriblement artificielle.
Je ne suis pas parvenu à y croire un minimum, à ces situations "extrêmes" - en dépit de l'investissement manifeste des comédiens - ni par conséquent à m'impliquer émotionnellement dans ce qui peut arriver aux héros.
On attend simplement la prochaine sonnerie, automatiquement synonyme de la prochaine catastrophe.
Je ne sais pas si la mise en scène de Fred Cavayé aurait pu mieux intégrer ce dispositif et le rendre moins systématique, il faudrait voir si la version originale fonctionne mieux de ce point de vue ("Perfetti sconosciuti" de l'italien Paolo Genovese).
En tout cas cette mécanique narrative aura séduit au-delà des frontières et des cultures, puisque ce remake français est déjà la deuxième adaptation, après celle de l'espagnol Alex de la Iglesia, et que d'autres ont déjà vu le jour en Grèce, Turquie, Corée du Sud...
Dommage encore une fois car l'écriture des personnages s'avère plutôt convaincante, et certains gags ou répliques fonctionnent vraiment bien, mais l'ensemble apparaît trop forcé.
Quant au dénouement en forme de pied de nez, on peut y voir un manque d'audace à assumer jusqu'au bout la noirceur et l'amertume de ce qui vient d'arriver : après tout, quitte à jouer la surenchère, il fallait peut-être y aller à fond et finir dans un bain de sang, pourquoi pas…
A la réflexion, on peut aussi y voir une ambiguïté d'autant plus cruelle : chacun conserve ses petits secrets et l'hypocrisie générale peut se poursuivre dans la joie et la bonne humeur.