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Il y a deux manières de regarder un film comme "le Jeu" : on peut d'abord pester contre un cinéma français "populaire" qui, à l'image d'ailleurs de son grand frère américain, se nourrit de stéréotypes, de situations flattant le public et le caressant dans le sens du poil (le principe bien connu du "c'est bien comme ça que ça se passe... mais pas chez moi !"), et manquant totalement d'ambition, tant formelle que "de fond".


Mais une fois qu'on a dit cela, qu'on s'est gaussé d'une théâtralité sans imagination qui renvoie à nombre de succès commerciaux dans toute l'histoire récente (finalement, les gens aiment le théâtre, mais comme ils n'y vont plus, ils sont ravis d'en retrouver l'esprit sur grand écran...), qu'on a critiqué tel acteur pour son jeu plein de clichés ou telle actrice pour son manque d'élégance (?), qu'a-t-on dit, finalement ? Peut-être qu'on regrette de ne pas avoir oublié pendant 1h30 ses exigences de cinéphile pour profiter simplement d'un scénario d'actualité, parlant finalement assez bien du désastre de nos vies de couple, encore aggravé par l'usage "créatif" du téléphone portable. Et du coup, d'avoir boudé un plaisir simple et pas si bête que ça, frustrés que nous étions par le manque d'éclat de tout ce qui constitue "le Jeu" : des acteurs "moyens", pas forcément bien dirigés (on pense par exemple à Roshdy Zem, dans un mauvais contre-emploi), certains rôles mal écrits (le "pédé de service", qui semble avant tout porter un discours un peu embarrassé sur le manque de tolérance), et surtout une double fin qui, pour témoigner d'un vrai point de vue (ce qui n'est pas révélé au grand jour restera donc un cancer qui rongera autant l'amour que l'amitié...), réduit le film à un jeu, justement, sans conséquences.


Alors regardons "le Jeu" au premier degré, réjouissons de son idée de base - simple mais efficace, provoquant inévitablement l'implication émotionnelle de chacun d'entre nous -, qui générera de jolis éclats de rire et même quelques moments d'émotion plus ou moins bien gérés, mais indiscutables. Oui, dans cet état d'esprit-là, sans arrogance ni prétention, il est tout-à-fait possible de passer un très bon moment devant un tel film. Et même d'y songer un peu plus sérieusement ensuite, en se demandant où on en est soi-même de ses amours, de ses amitiés. Et peut-être, mais là, nous sommes dans le domaine de la science-fiction, de sortir plus souvent sans son téléphone portable !


[Critique écrite en 2019]

EricDebarnot
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le 25 déc. 2019

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Eric BBYoda

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