Le Jouet est un film qu'on peut facilement prendre par le mauvais bout… tout simplement parce qu'il ne s'agit pas d'une comédie. La présence du duo Francis Veber & Pierre Richard annonçait pourtant l'inverse tant il nous renvoie aujourd'hui aux comédies avec un certain François Pignon/Perrin… et pourtant, ce n'est pas le cas. On y retrouve néanmoins François Perrin, les fondamentaux du cinéma de Veber avec ce duo que tout oppose et des relations de domination, mais le long se veut, en substance, bien plus dramatique qu'autre chose. À la rigueur, on se rapproche de l'humour malaisant, cringesque, mais c'est tout.


Bien que Le Jouet ait bien vieilli en ce qui concerne les thématiques qu'il aborde, il me paraît important de remettre le long dans son contexte : le milieu des années 70 marquant la fin des “Trente Glorieuses” (chrononyme toutefois discutable, forgé par Jean Fourastié, sorte d'Alain Minc avant l'heure), avec son choc pétrolier et une hausse du chômage à la clé. On retrouve donc un dominé qui collabore à sa propre domination, qui accepte de plus en plus de perdre une partie de lui-même (à commencer par se faire couper la barbe, qui semble tirée d'une vraie anecdote concernant Marcel Dassault, tout comme celle sur les mains moites), jusqu'à être littéralement le jouet, celui qui accomplit les tâches dégradantes, pour le fils d'un magnat, un enfant-roi, incapable de percevoir dans l'autre un humain, un sujet autonome.


Le film apporte une première réponse, contre-argument, face à la force de l'argent dont dispose Pierre Rambal-Cochet (Michel Bouquet) : l'amour. Aussi riche et puissant qu'il soit, pouvant demander à une famille de quitter sa maison sur le champ après l'avoir acheté sur un coup de tête ou de demander au rédacteur en chef de se déshabiller devant lui, il ne peut néanmoins acheter (l'amour de) son fils, malgré la profusion de cadeaux (un enfant bien américanoïde au passage, fan de cow-boys, Snoopy et autres marvelries), comme s'il était incapable d'aimer… une thèse que ne renierait pas un certain Abdellatif Kechiche.

Malheureusement, Le Jouet n'arrive pas à assumer sa seconde réponse. Mis à part l'amour, il rejette toute réponse révolutionnaire : les employés ne sont pas tant que ça solidaires entre eux et les seuls manifestants du film sont plus ridiculisés qu'autre chose… comme si le long était incapable de dire que la réponse venait à la fois de l'intérieur (de la famille, de l'amour) et de l'extérieur (faire corps entre exploités, quel que soit le milieu).


Malgré ce point faible, et comme écrit plus haut, Le Jouet reste un film ayant bien vieilli (pour dire, ce qui m'a le plus sauté aux yeux, ce sont les pantalons à pattes d'éléphant) avec, déjà dans les années 70, cette critique des milliardaires et la mainmise qu'ils ont sur la presse, l'intégration de cette dernière à l'empire du pouvoir économique. Mais aussi des journalistes, prêts à perdre leur capacité de parole, d'enquête, en échange d'un meilleur statut.

Et puis j'aime bien les décors du film entre les panneaux présents sur le lieu de travail de la femme de François Perrin (« Travaillez en silence », « Soyez bref », etc.), ce paternalisme organisationnel/patronal ; ainsi que la demeure de Rambal-Cochet, qui ne dispose d'aucune fenêtre visible lors des scènes d'intérieur (au pire, elles sont systématiquement cachées par des rideaux), ce qui accentue l'emprisonnement des personnages. Je ne sais pas combien a couté le film, mais c'est le genre de détail qui suffisent à apporter de la profondeur à un film sans pour autant faire exploser les budgets.


En tous cas, depuis que j'ai vu Le Jouet, je comprends mieux la décision qu'a prise Lénine dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Plus que supprimer l'enfant-roi, supprimons le royaume !

MacCAM

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