Je suis allé voir Le Jour J avec une vraie curiosité. J’avais trouvé la bande-annonce prometteuse et j’étais intrigué par l’idée de voir Kev Adams dans un rôle un peu différent. Et dès les premières minutes, j’ai senti que j’allais passer un très bon moment. Claude Zidi Jr. signe ici une comédie a la fois drôle, rythmée et attachante, qui retrouve cet esprit typiquement français des grandes comédies d’aventure, celui qu’on retrouvait autrefois dans La Grande Vadrouille ou Papy fait de la résistance.
L’histoire se déroule en juin 1944. L’Europe est déchirée par la guerre, le Débarquement se prépare, et Denis Porte, joué par Kev Adams, travaille consciencieusement sur une base militaire anglaise factice, conçue pour tromper les Allemands. Dans sa famille, le courage est presque une tradition : on meurt pour la France de père en fils. Mais sa mère, lassée des sacrifices héroïques, veille à ce qu’il reste bien à l’abri, loin du danger. Tout semble sous contrôle jusqu’à la rencontre de Sami, un médecin algérien rêveur et idéaliste. Une soirée un peu trop festive plus tard, les deux décident de participer eux aussi à "l’opération du siècle". Le problème, c’est qu’ils se trompent complètement : ils n’ont ni la bonne date, ni le bon lieu.
Ce point de départ improbable donne naissance à une aventure irrésistible, pleine de malentendus et de bonne humeur. On retrouve ici ce mélange de burlesque et de tendresse qui faisait le charme des grandes comédies de guerre à la française. Ce n’est pas une parodie, mais un vrai film d’aventure porté par deux héros maladroits, pleins de bonne volonté, qui rappellent un peu Bourvil et de Funès dans La Grande Vadrouille.
Kev Adams confirme ici tout son sens du rythme comique. Il incarne un héros attachant, un garçon prudent et maladroit, qui découvre le courage presque malgré lui. Il fait rire sans en faire trop et garde toujours une vraie justesse dans le ton . À ses côtés, Brahim Bouhlel est excellent. Il apporte une fraîcheur et une énergie communicative, et forme avec Kev Adams un duo drôle et sincère. Leur complicité, nourrie de désaccords et d’amitié, porte tout le film.
Mais Le Jour J, c’est aussi une formidable galerie de seconds rôles. Didier Bourdon, dans le rôle du général Karcher, est absolument hilarant. Il incarne un officier allemand, à la fois autoritaire et ridicule, avec le talent comique qu’on lui connait. Chaque scène où il apparaît déclenche un vrai rire, grâce à son ton juste et à son sens du décalage. Chantal Ladesou, fidèle à elle-même, illumine le film par sa folie et son phrasé inimitable. Et autour d’eux, toute une troupe de personnages savoureux apporte au film une vraie dynamique de comédie chorale, comme on en voyait, par exemple, dans Papy fait de la résistance.
Il faut aussi saluer l’excellente idée d’avoir confié la narration à Stéphane Bern. Sa voix, immédiatement reconnaissable, apporte une touche de dérision élégante. Entendre le présentateur de Secrets d’Histoire raconter les mésaventures de ces deux soldats perdus ajoute une saveur unique et renforce le ton décalé du film.
Visuellement, le film est soigné. Les décors, les costumes et la lumière restituent bien la période sans chercher la reconstitution muséale. Le réalisateur filme avec simplicité, mais aussi avec une vraie tendresse pour ses personnages. On sent qu’il aime ce qu’il raconte, et qu’il veut avant tout divertir.
Ce qui m’a particulièrement plu, c’est la façon dont le film parle du courage. Pas celui des héros des livres d’histoire, mais celui des gens ordinaires qui se retrouvent entrainés malgré eux dans quelque chose de plus grand. Cette idée traverse tout le film et lui donne une humanité touchante, sans jamais plomber l’humour.
En sortant de la salle, j’ai eu ce sentiment rare d’avoir vu une comédie à l’ancienne, dans le bon sens du terme. Le Jour J réussit a renouer avec un certain esprit du cinéma français : populaire, joyeux, accessible à tous, mais jamais creux. Claude Zidi Jr. parvient à trouver un ton qui fait du bien, entre éclats de rire et sincérité.
Le Jour J s’inscrit dans la droite lignée des grandes comédies françaises de guerre, et prouve qu’on peut encore faire rire avec panache sans renoncer à la tendresse. Malgré toutes ses qualités, le film est passé un peu inaperçu. On dirait que cette fois, à l’instar des héros du film, c’est le public qui s’est trompé de date et de lieu. Une comédie aussi sincère et bien faite méritait mieux que ça !