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C’est une comédie de guerre où la guerre, justement, semble en carton. On y entend les balles de bois, les cris en mousse, la bravoure en papier mâché. Et pourtant, quelque chose tient, vacille, résiste : une humanité dérisoire, maladroite, mais réelle. Kev Adams, en soldat malgré lui, avance entre deux faux canons, un verre à la main, un doute dans le ventre. Le décor tremble un peu : il y a du vent dans la mise en scène, du vent dans l’époque aussi. Et ce vent, souvent, emporte la gravité comme une poussière de plateau.
Claude Zidi Jr. filme l’absurde avec tendresse. On croit voir une farce, on perçoit une mélancolie. Le rire n’éclate pas : il s’étouffe, siffle, grince. La caméra cherche le vrai dans le faux, l’émotion dans le décor démontable. Chaque plan est un camouflage : derrière la blague, une fatigue. Derrière la guerre, une gêne. Et dans cette gêne, une forme de beauté. Une beauté sans drapeau, un peu triste, un peu ivre.
La lumière est blanche, presque crue ; elle lave les visages comme une pluie d’après-bombardement. Les sons — rares — font l’effet d’un silence qui bégaie. Tout respire la comédie d’époque mais suinte la conscience moderne : on ne peut plus faire rire sans se demander de quoi. Le film en est conscient, et joue de ce vertige : rire de la guerre sans l’humilier, la tourner en dérision sans s’y complaire.
Brahim Bouhlel, lui, apporte ce qu’il faut de chaleur, d’ivresse, d’humanité brouillonne. Son duo avec Adams marche parce qu’il boite : deux paumés qui rejouent l’héroïsme pour de faux et se découvrent un courage à retardement. Même l’ennemi (Jarry, improbable Hans) semble plus perdu que menaçant. Autour d’eux, les seconds rôles — Bourdon, Ladesou, Reali — tissent une galerie d’ombres grotesques et tendres, comme des pantins usés mais encore vivants.
On rit parfois, on soupire souvent, on s’attendrit malgré soi. La farce tourne à la fable, le pastiche à la confession. Dans la poussière des bunkers en carton, il reste un souffle, une sincérité sans gloire. Le film ne tire pas dans le mille — il tire à blanc, mais avec le cœur. Et c’est peut-être ça, aujourd’hui, le vrai courage : rater avec style, sourire avec pudeur.
Ma note : 8 / 20
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