En regardant Le lac et certaines des plus belles images que le cinéma a pu proposer d'un tel lieu, un train d'images d'autres films a traversé mon esprit.
Dans l'un de ses horribles entretiens à propos de son dernier film, Albert Serra affirme qu'il n'aurait pas pu faire son documentaire quelques années plus tôt, du fait de l'avancement technocinématographique de la prise de son d'alors. — Je me demande alors, en regardant le dernier film de Fabrice, au combien il aurait été possible de faire ce film au passé (au risque de paraître une composition d'un autre type, un collage différent), ou plutôt : au combien l'expérimentation audiovisuelle d'ici paraît perfectionnement du medium cinématographique, arrivant à l'écran et aux enceintes comme naturellement. Comme une expérimaîtrise, un film de cinéaste vraiment. Une somme d'expérimentations qui font tout à fait film, mais pas tout à fait œuvre. Comme si Fabrice, jeune réalisateur quand même, pratiquait une espèce schizocinéma : dans les entrelacs d'une naïve romance hétérosexuelle se glissent de forts pouvoirs de références à des films passés, en même temps que des propositions bien circonscrites (chaque plan est un poème, une réflexion personnelle sur le monde).
Il y a de l'histoire du cinéma là-dedans, mais il y a encore plus de l'histoire de la technique audiovisuelle.
Il y a aussi Stephen Dwoskin, avec Behindert, filme la rencontre, la relation et la séparation amoureuse sans dialogue, avec pour bande sonore la sublime musique de Gavin Bryars.
Et je me souviens aussi de Le bonheur de Agnès Varda.
Et j'ai pensé à João César Monteiro récitant Hölderlin sur l'eau au début de son film Recordações da casa amarela (ou peut-être me confonds-je avec O Último Mergulho).
J'ai dormi.
Fabrice Aragno enregistre (beaucoup) et apporte son matériau en tant de formes et d'associations possibles et invues que le voyage qu'il nous propose créé une espèce de stagnation nouvelle.
Élément et conséquences. Perspectivisme lacustres. Sans fins de continuité. Ressentir plutôt que raconter, dit-il — présence et conscience de le monde n'a pas besoin de rhistoire. En cela, respect des présences (des êtres ou bien humains ou bien non) est un manifeste de transcréer leurs voix.
Et alors il paraît que Fabrice Aragno a bien appris de Godard. Personne ne prend jamais plus la place de personne.