Dernier film d'un cinéaste tibétain décédé peu de temps après son tournage, ce léopard des neiges ne se laisse pas facilement apprivoiser. On est régulièrement partagé entre la beauté picturale de paysages enneigés atypiques et sa philosophique animiste qui place l'homme et l'animal sur un pied d'égalité, d'une part. Sans pour autant s'en satisfaire pleinement car le cinéaste essaie de naviguer entre différents genres, parfois même au sein d'une même scène.
Les situations amusantes peinent par exemple à remplir leur office car à trop se réitérer/s'étirer sur la longueur, elles en deviennent parfaite lassantes. Plus ou moins le même reproche lorsque le berger se confronte à sa famille et aux policiers chinois. On peut supputer que le comédien l'incarnant n'est pas professionnel car ses colères se ressemblent beaucoup et ne sont pas toujours crédibles. La partie fantasmagorique est sans doute la plus intéressante, car au delà du formidable travail numérique effectué pour animer ce carnassier sauvage, elle est celle qui dessine le mieux l'intention politique de départ.
Les nombreux dialogues/dialectes sino tibétains esquissent avec acuité l'emprise empirique du grand voisin chinois sur l'archipel montagnard. C'est d'autant plus intéressant que tandis que les locaux maîtrisent plutôt bien la langue du "colon", les officiels sont vite dépourvus lorsque les échanges se font plus vifs. Ceux-ci doivent alors user d'intermédiaires traducteurs pour se faire comprendre. Les journalistes venus faire leur reportage dessinent également l'ambivalence des rapports entre les deux pays. Ils paraissent dans un premier temps assez hautains en dictant des ordres à leurs congénères, puis finissent petit à petit par s'accoutumer des us et coutumes locales.
Au point qu'une relation teintée d'empathie et de sincère amitié finit par se tisser entre le moine bouddhiste et le grand reporter. Pema Tseden n'idealise pas pour autant la situation, car s'il semble dans un premier mouvement prendre fait et cause pour ses compatriotes, use également d'une intelligente sagesse pour reconnaître que la tutelle protectrice de L'Empire du milieu envers la faune est absolument nécessaire pour leur survie. D'où le fait qu'il n'hésite pas à incarner son esprit magnanime à travers le père et le frère, tous deux tibétains et en contradiction avec le fils. Il est tout à son honneur d'avoir nuancé les oppositions frontales. La réalité économique ne lui échappe pas plus, d'où une réelle empathie/compréhension envers le berger enragé qui entend supprimer ce félin.
Prévenir également que certaines séquences sont particulièrement perturbantes émotionnellement, donc si vous êtes militant animaliste attendez-vous à quelques secousses (si vous ne l'êtes pas spécialement non plus d'ailleurs). Prière aussi d'épargner les enfants car certaines attaques relèvent d'une barbarie assez surprenantes.