Je ne me souviens pas assez du remake, que j'ai vu il y a longtemps, pour établir un tableau comparatif entre les deux films. Je me souviens que j'avais bien aimé la version de K. Branagh, avec son esthétisme maniéré et son duo d'acteurs capables de balancer de bonnes répliques. Tant pis, pas grave.
Sleuth, la version originale, je le découvre donc pour la première fois. En ayant tout de même en tête certaines révélations gardées dans le remake. D'ailleurs j'ai vraiment eu peur de ne pas aimer ce film. Le fait est, quand on repose un film sur un twist, il y a de fortes chances que la seconde fois soit moins intéressante. Bon je vais procéder par parties pour critiquer le scénario.
Partie 1 : le jeu du chat et de la souris commence assez fort. Les deux personnages nous sont présentés au travers d'un bel échange verbal. Le rythme est assez soutenu, les moments de pause sont assez rares. Dès le début on sent que c'est bien préparé, que les personnages ont été approfondis comme il se doit.
Partie 2 : la plus décevante. A cause du fameux twist. Et il faut bien l'admettre, cette partie ne repose que sur le twist, les dialogues sont parfois cyniques et drôles, mais sont surtout là pour faire douter le spectateur. Une fois le doute omis, il ne reste pas grand chose. Il me semble que le remake s'arrête à cette seconde partie (d'ailleurs il ne dure que 1h30, heure à laquelle on passe à la troisième partie dans cette version-ci), du coup j'ai bien peur de nettement moins apprécier ce film-là lorsque je le reverrai.
Partie 3 : une belle découverte qui sauve le film pour de futurs revisionnages. Même si l'idée de bluff est conservée, ce n'est plus vraiment de ça dont il s'agit, mais plutôt de la folie autodestructrice des deux personnages, jusqu'où ils sont capables d'aller par orgueil. C'est une belle conclusion en guise d'étude de personnage que l'on nous offre là. Les meilleurs dialogues du film.
Pour la mise en scène, on peut dire que globalement, Mankiewicz s'amuse. Il s'amuse avec es zooms, avec un des inserts étranges qui viennent, au fond, renforcer certaines thématiques. Mais surtout ça paraît juste bizarre. Il y a des mouvements inutiles, des plans inutiles, on sent que le réalisateur lui-même le sait, il brode juste comme il a envie, après tout c'est son dernier film. Si on sent toujours bien le huis clos (nous sommes littéralement enfermé dans cette belle maison), le réalisateur parvient à faire oublier qu'il s'agit à la abse d'une pièce de théâtre, et ce grâce à un découpage très cinématographique (comme je l'ai dit, beaucoup de zooms, beaucoup de mouvements de caméra, beaucoup d'inserts). Les acteurs aussi semblent s'amuser, comme si c'était là leur directive. Surtout Laurence Olivier. Et l'utilisation de la musique vient amener une petite touche de théâtralité ou encore sert à rythmer un peu certaines scènes.
Bref, Sleuth (1972) est un excellent film, qui souffre peut-être d'une deuxième partie un peu plus faible car reposant principalement sur le twist, mais qui, globalement, divertit son public au travers de dialogues bien écrits et d'un duo d'acteurs impeccables.