Louer l'âme à en perdre la raison

Dans la veine de Répulsion et de Rosemary's baby parce que le rapport maladif à l'Autre épouse les traits du délire paranoïaque et paranoïde.Mais attention j'ai toujours refusé d'imputer tous les travers au héros.
Si Rosemary perdait la raison, si Catherine Deneuve hallucinait et si Trelkovsky s'aliène il suffit de regarder les monstres potentiels qui gravitent autour de ces êtres en somme fragiles ou hypersensitifs.
Le film dresse alors le portrait d'une micro société qui, si elle n'apparait pas malveillante, est insidieuse dans les détails.Et ils regorgent ici de symboles à interpreter aussi bien pour le héros que pour le spectateur.
Misère sexuelle et sociale, le mal qui ronge va se matérialiser dans le mythe de la castration et le basculement d'identité.
C'est en lisant Berenice d'Edgar Allan Poe qu'une interprétation potentielle du locataire m'est apparue.Surtout la scène où il trouve une dent dans un trou du mur.Peur de la femme, mythe du vagin denté qui s'ajoute à une skyzophrénie naissante, Trelkovsky ne peut devenir que la défunte locataire Simone Shoule pour concrétiser avec Stella (une Adjani au top à l'époque!).Cette dernière, nôtre locataire se l'imagine femme fatale qu'elle n'est pas, il se croit vampirisé alors que la jeunette n'est qu'une petite parisienne à la mode.Vision rétinienne du protagonniste qui se transforme en vision gangrennée mentale vers un crescendo d'absurde grand guignolesque.Et film bien teinté de féminisme sans que personne n'ose évoquer la disparition du mâle!
Il me semble que Polansky, sans avoir vu toute sa filmographie est meilleur voire parfait dans ce genre de films tortueux.
Techniquement aussi j'ai trouvé le travail fantastique, à commencer par l'intro plan séquence qui explique sans un mot mais sur une musique maussade le film entier.J'apprécie particulièrement comment Polansky se sert de l'architecture pour faire d'une scène une ambiance (Intro à rapprocher de celle de Rosemary's baby en quelque sorte).
Autre chose qui vient s'ajouter à ce 10/10: les acteurs tous très bons à commencer par le réalisateur lui même (quelque part j'ai une profonde admiration, le mot est faible pour ce type je crois), puis viennent s'ajouter tous les autres qui ont vraiment de salles gueules pour l'occasion et renforcent ainsi le trouble général.
J'oubliais encore deux petites choses qui ont leur place:
L'humour, certes tordu hein et surtout le ridicule de situation (j'adore les mimiques de Trelkovsky quand il se grimme en Simone)
Les objets egyptomaniaques de la locataire avec la statue d'Isis, mythe de la résurrection omniprésent, même dans les chiottes avec les hiéroglyphes!
A revoir 3 ou 4 fois si on aime.
Ligeia
10
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le 16 août 2011

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Ligeia

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