Ryusuke Hamaguchi confirme une nouvelle fois qu'il est le maitre absolu de son genre avec ce très grand "Le mal n'existe pas".

Avec ce long métrage, le réalisateur japonais emprunte autant au cinéma européen qu'asiatique et ce mélange fait des merveilles.


Techniquement, les plans sont parfaits, la nature y est retranscrite d'une manière fantastique. Il faut dire aussi qu'Hamaguchi a le bon goût de les étirer en longueur.

Ce choix est payant car il permet au spectateur d'observer, d'admirer la construction de ces derniers, de relever les couleurs d'automnes puis d'hiver et enfin d'admirer l'organisme qui s'en dégage à travers la poésie du montage.

Hamaguchi emprunte à Ozū sa façon de vider ces plans pour y faire intervenir le calme et le silence. Les personnages passent très régulièrement hors champs, surtout dans la première partie du film oú la vie des villageois nous est décrite.

Les plans sont donc fixes et vide et renforce cette imagerie de la campagne japonaise : magnifique et paisible.


Mais la véritable force de ce réalisateur est dans la mise en image de l'indirect. Deux séquences sont extrêmement marquantes de ce point de vu.

La première décrit un dialogue entre les locaux et les Tokyoïtes menaçant la sérénité de ce village avec un projet de gambling (contraction de "camping" et "glamour"). La séquence est importante pour le film car le réalisateur se place du côté de la complexité. Tous les points de vu sont au moins entendu (bien que peu écoutés par les initiateurs de la réunion) et il se passe véritablement quelque chose entre les personnages, les enjeux et conflit sont exposés aux spectateurs avec calme et douceur.


La seconde se situe vers la fin du film au cours d'un dialogue entre les trois personnages principaux oú chacun va se rendre compte de la méconnaissance du monde des uns et des autres sans que cela soit souligné explicitement. Un tel niveau de finesse dans l'écriture des dialogues est extrêmement rare de nos jours, il faut donc le souligner et absolument l'encourager.


Et puis il y a cette musique sans laquelle le film n'aurait jamais vu le jour, cette dernière est fabuleuse, envoûtant et reste dans la tête. La musique d'un film est souvent très bien choisi en 2024, il y a peu de hors sujet de ce point de vu. Mais ce qui distingue un choix d'un autre, c'est quand cette dernière parvient à dépasser un long métrage et à rester en tête.

Hamaguchi en est parfaitement conscient et emprunte beaucoup à Godard sur ce plan là, sa façon de jouer avec, de la couper sans que l'on s'y attende et de s'en servir pour sublimer ses plans de séquences montrant la forêt japonaise me remette en mémoire beaucoup de films du Godard des années 50/60.


Et puis il y a cette fin complètement ouverte à l'imagination de chacun. J'ai mon idée mais je vous laisse vous faire la votre.


Foncez foncez foncez voir ce film tant qu'il est encore en salle !

GilmourDuncan
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le 18 avr. 2024

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GilmourDuncan

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