Est-il « Ford v Ferrari » ou bien « Le Mans 66 » ? Telle est la question. Après le formidable « Walk The Line », la revisite de « 3h10 Pour Yuma » et le récent « Logan », James Mangold revient à la source de son art, là où le biopic cristallise une époque, une tendance, des hommes et des sentiments au cœur de récits audacieux. La force de celui-ci réside dans un parti-pris assumé, car elle se fond dans la caricature du capitalisme Américain et Fordisé. Pas de surprises, ce sont bien les italiens que l’on néglige pour mieux comprendre comme les rouages de l’industrie outre-Atlantique pivote vers le drame et le succès. D’un autre côté, il s’agit d’un affrontement à hauteur d’homme, avec le support technologique pour les porter toujours plus loin et toujours plus vite.


Nous sommes donc face à une caricature, emmenée par un Henry Ford II (Tracy Letts) face à un héritage trop lourd à supporter. Si la course automobile semble être sa roue de secours, ce projet est compromis par des investisseurs n’appréciant ni le mariage ni le partenariat. Le contrôle revient aux financeurs, mais également aux influenceurs. L’exemple de Ford dans al détresse montre sa position de fureur vis-à-vis de ses nouveaux mécaniciens, pour ne pas dire ouvriers, à la solde du diable. On y voit ainsi une certaine résonnance avec les producteurs et les cinéastes, qui mènent des projets différents, tout en travail sur le même produit symbolisant la puissance, l’indépendance, la fierté et la créativité. A qui appartient-il en réalité ? Le film tente d’y répondre un mélodrame après l’autre, sur un ton plutôt humoristique et cow-boy du sujet. C’est l’orgueil qui mène Ford à combattre Ferrari sur son terrain de prédilection, afin de rétablir un prestige oublié et piétiné. Et tout cela se résume à une affaire d’hommes ou celui qui se montrera plus viril et convaincant sur la scène internationale.


Il fallait donc une amitié qui tienne la route, car c’est bien au volant que les enjeux se dessinent et trouveront une résolution. Carroll Shelby (Matt Damon) et Ken Miles (Christian Bale) connaissant bien cette carapace de course, mais cela reflète avant leur psyché, respectivement torturée et libérée. Chacun conduit pour une raison qui lui échappe peut-être, mais on y trouvera le réconfort et de la crédibilité à l’intérieur. En échange, on mise sur la vitesse comme ceinture de sécurité, qu’il s’agit de dompter et d’apprécier. Ce qui les amène tous les deux au Mans, avec un tempérament pragmatique et diplomate, ou bien sèchement honnête mais qualifié. Dans cette opposition naît complémentarité, renforcée par leur passion et ces joutes entre ces pilotes et leurs managers. On creuse ainsi l’écart entre deux classes qui ne distinguent pas de la même manière le divertissement féroce et non sans risque qui se présente face à eux. La femme de Ken, Mollie Miles (Caitriona Balfe) dont on comprend la frustration et le doute, à l’image d’un moteur qui gronde, met également en avant la problématique d’une classe moyenne qui coule. Les multinationales et le système sont dénoncés comme une attaque et non une revanche, sacrifiant Mollie et les épouses à un portrait sans profondeur. Seuls les mâles auront leur mot à dire, mais pied au plancher.


Finalement, c’est « Le Mans 66 » qui se démarque du duel technologique, et à l’instar du « Rush » de Ron Howard, Mangold alimente ce même circuit avec sa touche politique, mêlant habilement le privée et le danger du métier, comme quoi les deux forment un tout. D’une part, la carrosserie au prix du sang et d’une conscience inexistante facilite la critique des géants dans leur forteresse de confort. D’autre part, c’est le surpassement de soi qui séduit la foule, car nous sommes plongés dans un réalisme à nous scotcher au fond du siège, côté passager. Le mythe des 24h du Mans est encaissé et apprécié pour le travail de reconstitution et d’appropriation au nom de l’art, la complicité et le cinéma.

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le 21 nov. 2019

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